Toute règle est faite pour être détournée. Et c’est bien là un principe de l’OuLiPo : Perec contourne certaine règle pour ses créations, ainsi dans les Revenentes il se joue de l’orthographe qu’il égratigne sans complexe pour les besoins de sa contrainte. Ainsi certaines voyelles : « le digramme « qu » est remplacé par « q » (« l’évèqe d’Exeter »). L’auteur joue sur l’homophonie, en utilisant par exemple le digramme anglais « ee » pour le son « i » (« négleegément ») ou le w pour le son « ou » (« Ce qe t’es schwette »). Perec puise également dans le vocabulaire étranger, notamment anglais (« twelve » pour douze). » (Wikipedia)
Ces détournements participent d’une étrangeté du texte et il faut parfois relire une phrase pour bien la comprendre.
Dans Bercails, antilipogramme de 8 lettres (B-E-R-C-A-I-L-S) créé une fois encore pour Fanes de Carottes, je voulais parler du livre. Du livre en tant qu’abri, demeure où l’on se réfugie, comme bercail. Voilà cependant, livre a une lettre que ne m’autorisait pas la contrainte : le V. Qu’à cela ne tienne j’ai biffé la lettre, si bien qu’étant absente la lettre n’en est que plus présente, comme une scorie parsemant le texte. Et ça tombait bien car il est question de brasier…
* * *
BERCAILS
Le sablier sasse, ressasse, las, le sable.
Caresse le calcaire la silice criblée.
La craie crisse – cri crécelle.
Là, l’escarbille blesse le lire ;
Ici la braise, à bribes acérées,
Scelle l’arc lisible à l’irréelle caresse.
Réécrire le barbare lire :
Ce lacis relié, ce liseré barbelé,
Ce sale air à l’éclisse cassée.
Icare se blesse car l’aile se rebelle
S’abrase. Si crasse le ciel,
Si libre, si âcre la cire.
Le siècle rit : le sacre a brisé Babel.
Le babil illisible a cerclé sa bible,
Cette librairie arable. A sarclé le cri.
L’arbre carié, lacéré, brasillé
- Ici ce râle acacia, là ce lilas ras -
Relie le brasier à l’irascible scie
Abri, isba, bras, ces bercails, ce relais
Berce ces cils, ces ressacs,
Cille ces lacs, ce sel, cette clé irisée :
Ce lire.
Le sablier sasse, ressasse, las…
« Le sable bêle ».
« … Ici donc s’achève l’histoire racontée par Thomas. Cette histoire, il la dédie aux amants, aux pensifs et aux amoureux, à tous ceux qui brûlent du désir d’aimer, aux voluptueux et même aux pervers, enfin à tous ceux qui seront émus et touchés par ces vers. Je n’ai sans doute pas pu plaire à tout le monde mais j’ai tâché de donner le meilleur de moi-même tout en sauvegardant le fond de vérité comme je l’avais promis au début de mon récit.
J’ai mélangé récits et vers afin et de fournir une histoire mémorable tout en conservant la beauté de la légende. J’ai voulu, par là, que mon récit plaise aux amants et qu’ils puissent, d’une certaine manière toujours s’y retrouver et se souvenir d’eux-mêmes.
Puissent-ils y trouver une consolation contre l’inconstance, contre l’injustice, contre la peine et la souffrance, contre tous les pièges de l’amour. »1.
Tout le monde ou presque connaît l’histoire extraordinaire de Tristan et Iseut, cette romance médiévale, originellement issue de la tradition orale et couchée sur « papier» au XIIe siècle. Ce que l’on sait moins, c’est qu’il n’existe pas de texte original complet de Tristan et Iseult. La plupart des éditions modernes s’appuient essentiellement sur deux manuscrits fragmentaires (incomplets donc) plus quelques bouts par-ci par-là qui viennent fournir à l’histoire principale des épisodes supplémentaires, comme par exemple le Lai du Chèvrefeuille de Marie de France. Ces deux versions de Béroul et de Thomas sont cependant très différentes dans la fond et la forme : la première est plus violente, plus crue et se rapprocherait de la version orale, celle de Thomas d’Angleterre s’inscrit davantage dans la tradition courtoise et voudrait être un avertissement pour les futurs amants contre les pièges (engins) de l’amour. Il faudra attendre 1905, que Joseph Bédier reconstitue une histoire de Tristan et Iseut à travers des fragments d’auteurs et d’époques différentes. Tout comme le Perceval ou le conte du Graal, de Chrétien de Troyes, Tristan et Iseut jouit du statut d’oeuvre inachevée, d’oeuvre fragmentaire qui cristallise dans ses parties manquantes et reconstituées tous les fantasmes et tous les possibles inimaginables.
Mais ce n’est pas pour aborder sa généalogie que je vous parle de ce texte. Il y a dans l’histoire de Tristan et Iseut certains points communs troublants avec l’histoire de Thésée et d’Ariane. Je ne vais pas les détailler ici, simplement ces similitudes m’ont inspiré un texte de fiction publié sur Fanes de Carottes, je vous en souhaite une bonne lecture !
Dernier vers du Roman de Tristan de Thomas, la traduction en français moderne est de moi : Tumas fine ci sun escrit.
A tuz amanz salut i dit,
As pensis e as amerus,
As emveius, as desirus,
A enveisiez e as purvers,
A tuz cels ki orrunt ces vers.
Si dit n’ai a tur lor voleir,
Le milz ai dit a mun poeir
E dit ai tute la verur
Si cum je pramis al primur.
E diz e vers i ai retrait :
Pur essamplë issi ai fait
Pur l’estorië embelir
Quë as amanz deive plaisir
E que par lieus poissent troveir
Chose u se poissent recorder :
Aveir em poissent grant confort
Encuntre change, encontre tort,
Encuntre painë e dolur,
Encuntre tuiz engins d’amur ! [↩]
Il y a quelques temps je vous parlais de Madame Bovary (je vais y revenir encore prochainement d’ailleurs !), à travers un extrait à lire et à travers la Contre-enquête sur la mort d’Emma Bovary de Philippe Doumenc. Que les adorateurs de cette pathétique provinciale se réjouissent, que les férus admirateurs et lecteurs de Flaubert sautent de joie, que les amoureux transis des manuscrits et autres matrices généalogiques de l’oeuvre chantent d’allégresse… Ils l’ont rêvé, la Bibliothèque de Rouen, aidée de nombreux partenaires, l’a fait.
Depuis le 15 avril, les 4500 feuillets du manuscrit de Madame Bovary sont en ligne ainsi que leur retranscription. On peut y lire simplement le roman en ligne, ou par des jeux de liens, se retrouver au cœur de l’édition manuscrite avec en vis-à-vis une retranscription. Cette dernière a été réalisée par 600 bénévoles, âgés de 16 à 77 ans, à travers le monde. Un travail colossal !
P.S. : En voyage pour une rencontre au sommet avec Fanes de Carottes, je serai absent jusqu’à jeudi prochain. J’ai cependant programmé quelques billets pendant mon absence… A bientôt !
Je vous l’annonçais il y a quelque temps et il est sorti, le dernier album de Lhasa.
Intitulé Lhasa l’album renferme douze petits bijoux dans son écrin…
A noter également qu’elle sera en tournée en France à partir du mois d’octobre, voici toutes ses dates.
« Voici le magnifique vidéo dessiné au crayon de plomb par Alex McLean et Kathleen Weldon, deux Montréalais hyper talentueux : dessinateurs, réalisateurs, et membres du group Rothschilds (www.myspace.com/therothschilds).» Source site officiel
Derniers échos...