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	<title>Labyrinthes avec vue</title>
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		<title>Le voyageur sans voyage, Pierre Cendors</title>
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		<pubDate>Fri, 11 May 2012 23:11:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Sébastien</dc:creator>
				<category><![CDATA[Cendors]]></category>
		<category><![CDATA[Conte]]></category>
		<category><![CDATA[Lecture(s)]]></category>
		<category><![CDATA[Poésie]]></category>
		<category><![CDATA[Une]]></category>
		<category><![CDATA[Enfance]]></category>
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		<category><![CDATA[Train]]></category>

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		<description><![CDATA[Le voyageur sans voyage de Pierre Cendors est un petit livre. Carré comme peuvent l'être les petites boîtes de notre enfance. Il commence sur le quai d'une gare et finit nulle part.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em><strong>Le voyageur sans voyage</strong></em><br />
Pierre Cendors, <a href="http://www.cadex-editions.net/" target="_blank">Cadex Éditions</a>, 2008</p>
<p><a href="http://www.labyrinthiques.net/wp-content/uploads/2012/05/voyageursansvoyage.jpg" rel="lightbox-2399"><img class="alignright size-thumbnail wp-image-2400" title="Le voyageur sans voyage, Pierre Cendord, Cadex Editions" src="http://www.labyrinthiques.net/wp-content/uploads/2012/05/voyageursansvoyage-150x150.jpg" alt="" width="150" height="150" /></a></p>
<div style="text-align: justify;">J’aime souvent les petits livres. Un petit livre c’est comme une petite boîte. Enfant, je me souviens que j’aimais les petites boîtes. Je sais bien ne pas être le seul dans ce cas, mais je me souviens que je les adorais avec une fascination inversement proportionnelle à la taille de la boîte. Je leur prêtais le pouvoir quasi magique d’y recéler les mille trésors amassés au cours de notre très longue existence d’enfant. Et puis elle est petite la boîte ! Elle passe inaperçue. En cela, elle correspond avec exactitude à l’idée que l’on se fait d’un cache-trésor, d’un confident des objets trouvés et précieux : ici l’ombrelle en papier et au parfum de vanille d’une glace mangée à la terrasse d’un café, là une petite voiture bancale extraite de cet œuf jaune plastique tant convoité, ici le petit caillou tout blanc qu’on n’a pas jeté dans la rivière, le caillou rescapé… Tous ces objets, pris indépendamment, paraissent d’une immense vacuité aux yeux des adultes mais ils tissent pourtant ensemble un réseau de relations et de résonances qui forment la base des souvenirs mythologiques qui ressurgiront plus tard. Beaucoup plus tard. Car…</div>
<div style="text-align: justify;"></div>
<div style="text-align: justify;">
<div id="attachment_2403" class="wp-caption alignleft" style="width: 311px"><a href="http://www.labyrinthiques.net/wp-content/uploads/2012/05/boiteamelie.jpg" rel="lightbox-2399"><img class="size-full wp-image-2403" title="La boîte dans Le Fabuleux destin d'Amélie Poulain" src="http://www.labyrinthiques.net/wp-content/uploads/2012/05/boiteamelie.jpg" alt="" width="301" height="168" /></a><p class="wp-caption-text">La boîte dans Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain</p></div>
</div>
<div style="text-align: justify;"></div>
<div style="text-align: justify;">Une petite boîte, c’est discret.</div>
<div style="text-align: justify;">Ça s’oublie.Dans une poche ou sous un lit.</p>
<p>Une petite boîte ça réapparaît.</p>
<p>Ça ne s’efface jamais vraiment des souvenirs.</p>
</div>
<div style="text-align: justify;">
<div style="text-align: justify;"><em>Le voyageur sans voyage</em> de Pierre Cendors est un petit livre. Carré comme peuvent l’être les petites boîtes de notre enfance. Il commence sur le quai d’une gare et finit nulle part. C’est un voyage sans retour et à jamais répété du train bleu qui surgit la nuit et traverse la gare. Jamais ne s’arrête, jamais ne descendent ni ne montent des voyageurs… Mais quel est donc ce mystérieux train bleu qui revient tous les soirs et qui n’est jamais tout à fait présent, ni tout à fait fantomatique ?</div>
<div style="text-align: justify;"></div>
<div style="text-align: justify;">Un narrateur, un enfant, une énigme mystérieuse… Quelque chose qui pourrait être de l’ordre du souvenir, ou du rêve. Mais on ne saurait dire avec discernement. Ce petit livre, il n’y a rien à redire, est une petite boîte de l’enfance, trouvée sur le quai d’une gare…</div>
<div style="text-align: justify;"></div>
<blockquote>
<div style="text-align: justify;">«<em> C’est un livre d’images prégnantes qui se traverse comme un rêve. A la fin — au réveil — on sait ce qu’on a vu sans pouvoir le décrire. Reste la sensation d’avoir approcher quelque chose que la réalité n’aurait pas pu révéler ou qu’on n’aurait pas su reconnaître</em>. »</div>
<div style="text-align: right;">Cécile Wajsbrot, préface du <em>Voyageur sans voyage</em>.</div>
</blockquote>
<div style="text-align: justify;">
<div>Voilà qui résume parfaitement l’impression rémanente qui perdure en nous lorsque nous quittons, à notre tour, le quai du livre. Pierre Cendors taille ce livre avec douceur, avec exactitude, simplicité et concentration, tant et si bien qu’en ouvrant la main je désirais ardemment y trouver mon petit caillou blanc, le rescapé.</div>
</div>
<div style="text-align: justify;"></div>
<div style="text-align: justify;">Décidé d’en apprendre plus à son sujet, je reviens très vite vous parler de son admirable premier roman : <em>L’homme caché</em> paru en 2006 dans l’excellente maison d’édition Finitude.</div>
</div>
<div style="text-align: justify;"></div>
<div style="text-align: justify;"><a href="http://endsen.blogspot.fr/" target="_blank">Le blog de l’auteur.</a></div>
]]></content:encoded>
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		<title>Le labyrinthe de Pan</title>
		<link>http://www.labyrinthiques.net/2012/04/18/le-labyrinthe-de-pan/</link>
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		<pubDate>Tue, 17 Apr 2012 23:28:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Sébastien</dc:creator>
				<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Contes]]></category>
		<category><![CDATA[Labyrinthe]]></category>
		<category><![CDATA[Une]]></category>
		<category><![CDATA[Vue depuis le labyrinthe]]></category>
		<category><![CDATA[Film]]></category>
		<category><![CDATA[Graal]]></category>

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		<description><![CDATA[Carmen, récemment remariée, s'installe avec sa fille Ofélia chez son nouvel époux, le très autoritaire Vidal, capitaine de l'armée franquiste.
Alors que la jeune fille se fait difficilement à sa nouvelle vie, elle découvre près de la grande maison familiale un mystérieux labyrinthe. Pan, le gardien des lieux, une étrange créature magique et démoniaque, va lui révéler qu'elle n'est autre que la princesse disparue d'un royaume enchanté...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Le labyrinthe de Pan (<em>El Laberinto del fauno</em>)</strong><br />
Réalisé par Guillermo del Toro (2006)</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">« <em>Il y a de nombreuses années, dans un pays lointain et très triste se dressait une très haute montagne de pierres noires et rugueuses. Lorsque le soir tombait, sur la cime de cette montagne fleurissait chaque nuit une rose qui rendait immortel. Cependant, personne n’osait l’approcher car ses nombreuses épines étaient empoisonnées. Parmi les hommes, on ne parlait que de peur, de mort et de souffrances, mais jamais d’une promesse d’immortalité. Alors chaque soir la rose se fanait sans pouvoir faire profiter quiconque de son pouvoir. Elle restait perdue et oubliée au sommet de la montagne de pierres froides, seule, jusqu’à la fin des temps</em>. »</p>
<p style="text-align: right;">Conte raconté par Ofelia à son petit frère dans le ventre de sa mère</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Aujourd’hui , je vous emmène dans un sombre et sinistre labyrinthe, un labyrinthe au carrefour de la grande et de la petite histoire, sorti tout droit de l’imaginaire de Guillermo del Toro.</p>
<h4 style="text-align: justify;">Deux histoires parallèles</h4>
<p style="text-align: justify;">L’histoire, pour faire simple, est à double entrée : elle se situe d’abord sur fond de fin de guerre d’Espagne quand les franquistes tentent d’éradiquer les dernières poches de résistants républicains. Ofelia accompagne sa mère enceinte pour retrouver son beau-père (que sa mère vient d’épouser), le sanguinaire capitaine Vidal (interprété avec brio par Sergi Lopez) qui commande un de ces bastions franquistes chargés d’éradiquer (avec un zèle inégalable) les derniers maquisards.</p>
<p style="text-align: justify;">Ofelia, elle, est une enfant rêveuse, une Alice en puissance pour qui le monde de l’au-delà des livres contient plus de réalité tangible que le monde d’ici-bas. Guidée par un insecte qu’elle prend pour une fée, elle est conduite dans le labyrinthe situé à coté du camp, au milieu duquel elle rencontre un faune. Celui-ci lui raconte qu’elle est une princesse (son père, mort, étant roi de ce royaume souterrain) et que pour parvenir à retrouver ses vrais parents, elle doit réussir trois terribles épreuves…</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.labyrinthiques.net/wp-content/uploads/2012/04/labyrinthe-de-pan-2006-11-g.jpg" rel="lightbox-2365"><img class="aligncenter" title="Le faune" src="http://www.labyrinthiques.net/wp-content/uploads/2012/04/labyrinthe-de-pan-2006-11-g-1024x678.jpg" alt="" width="630" height="417" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Ces deux histoires imbriquées vont cheminer parallèlement, avec quelques points de contact (comme la mandragore placée sous le lit de la mère d’Ofelia pour la soigner), et redoubler de férocité et de cruauté. En effet, le monde imaginaire où semble s’engouffrer Ofelia n’a rien à envier à la noirceur du monde réel qui l’entoure. L’initiation dans l’autre monde n’est pas une partie de plaisir et Ofelia échoue à la seconde épreuve (en ne respectant pas une des consignes données, un classique des contes de fées)… Abandonné du faune, le monde réel bascule… Le faune alors lui donne une chance de passer la troisième épreuve…</p>
<p style="text-align: center;"><strong><a href="http://www.labyrinthiques.net/wp-content/uploads/2012/04/labyrinthe-de-pan-2006-14-g.jpg" rel="lightbox-2365"><img class="aligncenter" title="L'ogre mangeur d'enfants" src="http://www.labyrinthiques.net/wp-content/uploads/2012/04/labyrinthe-de-pan-2006-14-g-1024x695.jpg" alt="" width="630" height="427" /></a></strong></p>
<h4 style="text-align: justify;">Le labyrinthe</h4>
<p style="text-align: justify;">La labyrinthe, dans cette histoire, symbolise le territoire de l’au-delà, du monde souterrain : il est un monde retranché du monde, l’autre versant du miroir. On ne s’y perd pas. On n’en cherche pas véritablement le centre ésotérique, on le trouve à condition d’être désigné pour le découvrir : ce centre est le lieu où la magie se concentre, où le portail qui permettrait de rejoindre l’autre monde attend d’être réanimé. Ce portail, situé au fond d’un puits, est protégé par un faune (de Guillermo récuse la traduction de son <em>fauno</em> en Pan), qui est un double dionysiaque (et donc créatif) du Minotaure. Le faune n’est cependant pas le monstre chimérique à abattre. En dépit de ses airs de diable (il est intéressant de voir que les attributs du  faune, figure païenne de dieux rustiques, serviront à l’Eglise catholique à représenter le diable : cornes, pattes de bouc…) le faune se comporte comme un Sphinx, un donneur d’énigmes. Le labyrinthe comme centre du questionnement, voilà qui me plaît! L’initiation ne se superpose pas au cheminement labyrinthique qui conduit au centre (comme dans les rituels chrétiens) mais elle commence à partir même du centre qui pose question.</p>
<p style="text-align: center;"><strong><a href="http://www.labyrinthiques.net/wp-content/uploads/2012/04/le_labyrinthe_de_pan.jpg" rel="lightbox-2365"><img class="aligncenter" title="Le colimaçon" src="http://www.labyrinthiques.net/wp-content/uploads/2012/04/le_labyrinthe_de_pan.jpg" alt="" width="630" height="339" /></a></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le labyrinthe de Pan est une serrure (il est, à maintes reprises comme il se doit dans les contes de fées, question de clefs) : son centre est un trou (en colimaçon, cf. la photographie d’Ofelia s’enfonçant dans le centre du labyrinthe) qui réclame une clef. Cette clef, ce sésame, ce Graal est comme cette rose qui a le pouvoir de rendre immortel (cf. l’extrait au-dessus) : elle paraît si sauvagement gardée, si inaccessible et nos préoccupations prosaïques si centrales, si importantes qu’on en a oublié l’existence même de cette serrure présente sous notre nez… Il y a un peu du Petit Prince chez Ofelia !</p>
<p style="text-align: justify;">Ce film, nourri d’une très riche intertextualité, est de ces films à tiroirs qui permet à chacun de s’approprier l’histoire et d’en développer son interprétation personnelle.</p>
<p style="text-align: justify;">En résumé, un film superbe, je regrette simplement de ne pas l’avoir vu plus tôt.<br />
Voici la bande annonce, le film est disponible en blu-ray et dvd.</p>
<p><iframe src="http://www.youtube.com/embed/GqHW3CyI7co" frameborder="0" width="630" height="350"></iframe></p>
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		<title>Une neige et des baisers exacts, Lysiane Rakotoson</title>
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		<pubDate>Tue, 03 Apr 2012 22:38:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Sébastien</dc:creator>
				<category><![CDATA[Auteurs]]></category>
		<category><![CDATA[Poésie]]></category>
		<category><![CDATA[Rakotoson]]></category>
		<category><![CDATA[Une]]></category>
		<category><![CDATA[Perceval]]></category>
		<category><![CDATA[Trois gouttes de sang]]></category>

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		<description><![CDATA[Il est des écrivains, des poètes, de caciques classiques, qu'il convient de ne jamais écouter (avec tout le respect et en dépit de toute l'admiration que je porte à Rilke) et dont les conseils empreints d’une grande sagesse - devenue évidence à force de répétition -  et gravés doctement dans le marbre ne perdurent que pour être transgresser. Désobéir au poète comme à soi-même...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong><em>Une neige et des baisers exacts</em></strong>,<br />
Lysiane Rakotoson, Cheyne éditeur, 2012</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">« <em>Votre </em><em>vie, jusque dans son heure la plus indifférente, la plus vide, doit devenir signe et témoin d’une telle poussée. Alors, approchez de la nature. Essayez de dire, comme si vous étiez le premier homme, ce que vous voyez, ce que vous vivez, aimez, perdez.<strong> N’écrivez pas de poèmes d’amour. Évitez d’abord ces thèmes trop courants : ce sont les plus difficiles.</strong></em> »</p>
<p style="text-align: right;">R.M. Rilke,<em> Lettres à un jeune poète,<br />
OEuvres I : prose</em>, Le Seuil,<em> </em>Trad.de Bernard Grasse</p>
</blockquote>
<h4 style="text-align: justify;" dir="ltr"><a href="http://www.labyrinthiques.net/wp-content/uploads/2011/07/uneneigeetdesbaisersexacts.jpg" rel="lightbox" rel="lightbox-2043"><img class="alignright" title="Une neige et des baisers exacts, Lysiane Rakotoson" src="http://www.labyrinthiques.net/wp-content/uploads/2011/07/uneneigeetdesbaisersexacts-263x350.jpg" alt="" width="263" height="350" /></a>Désobéir au poète comme à soi-même</h4>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">Il est des écrivains, des poètes, de caciques classiques, qu’il convient de ne jamais écouter (avec tout le respect et en dépit de toute l’admiration que je porte à Rilke) et dont les conseils empreints d’une grande sagesse — devenue évidence à force de répétition -  et gravés doctement dans le marbre ne perdurent que pour être transgresser. Désobéir au poète comme à soi-même. La langue est indocile à qui veut la domestiquer méthodiquement. Elle nous suit seulement à l’endroit où surgit une improbable — et souvent inattendue — nécessité de parole, à l’endroit où source et vocable sourdent d’un même jaillissement. Et tout le reste est littérature…</p>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">Lysiane Rakotoson, jeune poète agrégée de littérature, auteur du recueil <em>Une neige et des baisers exacts</em> (<a href="http://www.cheyne-editeur.com/">Cheyne Editeur</a>) et lauréate 2010 du Prix de la vocation, fait partie de ces “désobéisseuses” poétiques qui “entrent” en poésie en défiant les chausse-trapes de la poésie amoureuse. Beaucoup de “jeunes poètes” s’y sont risqués maladroitement et ne s’en sont jamais relevés, tant il est périlleux, dans cette exploration où les sentiments se mêlent à la langue, d’établir la juste distance qui permet au lecteur de s’approprier une langue qui, chargée d’émotions et d’expériences trop personnelles, pourrait ne parler qu’à l’écrivant. Cette distance, il faut le souligner, est parfaitement maîtrisée par Lysiane Rakotoson qui nous livre dans ce recueil une expérience de la langue autant qu’une expérience humaine : l’amour s’incarne autant dans le texte que dans les chairs : “<em>Je porte cette bure jusqu’à ce que le poème creuse un passage dans ta chair</em>” dit-elle dans le premier poème qui trace, dés le commencement, le sillon qui va la guider.</p>
<h4 style="text-align: justify;" dir="ltr">Le fil de l’eau…</h4>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr"><em>Une neige et des baisers exacts</em> est un recueil entièrement parcouru par une émotion simultanément feutrée et fluide, entre “<em>la très lente tectonique des brumes</em>”, “<em>la nouaison de gouttes d’eau</em>” et “<em>la rosée limoneuse</em>”. Le verbe devient tour à tour limpide et cotonneux, humide et moite comme la cave ou les aisselles… Il y a tout au long des poèmes un mystère aqueux qui prend forme, qui s’agglutine, qui contamine le texte en jouant de la multiplicité de ses états (gouttes, rosée, buées, pluie, neige, brumes et même les organiques “<em>muqueuses</em>” et les “<em>aisselles moites</em>”), qui s’associe avec d’autres matières, avec d’autres couleurs (“<em>Le matin mouille rose et blanc</em>”).</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">“<em>Kyrielle d’eau sassant la terre –</em></p>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr"><em>le doux salut d’un ciel échevelé,</em></p>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr"><em>l’ébriété des sols après la pluie !</em>”</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">L’eau gorge le poème au-delà de toute satiété, jusqu’à l’ivresse fraîche qu’inondent l’amour et le désir.</p>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">Par un jeu prismatique d’arc-en-ciel à travers l’eau, la lumière (qui est aussi un leitmotiv de ces poèmes, je vais y revenir)  fait éclater des couleurs vives parmi lesquels le rose/rouge et le bleu sont des dominantes — “<em>Le ciel fait la diérèse du rose et du bleu</em>”, comme un chaud et froid qui fuiraient l’inconfort du mitigé, du tiède mais qu’il faudrait, malgré tout, et contre toute attente et toute possibilité, rassembler en un état homogène qui garderait intact leur opposition.</p>
<h4 style="text-align: justify;" dir="ltr">Un temps en rupture avec le temps</h4>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">“<em>A la racine de cette journée, j’observe le grand pli beige de l’heure.</em>”</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">Les couleurs et la lumière marquent — et même martèlent — une temporalité, celle du matin — ou du crépuscule — qui hésite justement entre deux états, entre “<em>du rose et du bleu</em>”… C’est le temps qu’on dit entre chien et loup, un temps qui échappe à la dénomination, ni nuit ni jour.… Un matin d’hiver qui s’étire, qui hésite, qui retourne à la nuit, qui brusquement inonde de lumière… Un matin compris dans l’immensité “<em>d’un grand pli beige de l’heure</em>”.</p>
<p style="text-align: justify;">La temporalité est en effet quelque chose de très surprenant dans ce recueil. Le temps n’y est pas figé mais son déroulement semble d’une extrême lenteur, comme une oscillation imperceptible  du temps qui avancerait et reculerait sans cesse… Ou du retour incessant !  Un temps en rupture avec le temps, un “<em>ourlet de nos aurores</em>” dont la circonscription indéfinie donne aux heures une immensité infinie. Ce temps, il faut le dire, est celui du désir, de la quête… D’une “<em>épiphanie entre le ciment des nuages</em>”… Cette épiphanie, je la perçois comme la recherche, volontairement prorogée, de cet instant précis et fugace où l’amour, le désir atteint son acmé, son paroxysme, et qui, une fois atteint, est toujours déjà perdu.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.labyrinthiques.net/wp-content/uploads/2012/04/neige.jpg" rel="lightbox-2043"><img class="aligncenter  wp-image-2346" title="Neige, photo personnelle" src="http://www.labyrinthiques.net/wp-content/uploads/2012/04/neige-1024x390.jpg" alt="" width="646" height="246" /></a></p>
<h4 style="text-align: justify;">Perceval encore</h4>
<p style="text-align: justify;">J’ouvre une parenthèse en repensant (encore ?) à <a href="http://www.labyrinthiques.net/2010/01/12/trois-gouttes-de-sang-trois/">Perceval</a> regardant les trois gouttes de sang de l’oie sur la neige et y juxtaposant le visage de l’être aimé. Ce peut-il que cette image soit pour lui un rappel épiphanique de ce regard paroxystiquement amoureux qu’il posa naguère sur sa bien-aimée et qu’il sait  à jamais <em>toujours déjà</em> perdu ? Que ces trois gouttes évoquent en lui cette évidence complètement enfouie et noyée dans le flot de sa conscience, perdue à même dans une réalité tangible (l’ai-je rêvé cet amour ? comment ne l’ai-je pas cristallisé en moi en permanence ?) ? Cette sidération muette est symptomatique de ce “bord où le langage touche ce domaine dépourvu de noms, ce lieu déserté par le symbolique: le réel”. L’écriture, la poésie, sans doute, permettent de dépasser cette stupeur et de ré-invoquer ce réel qui a perdu les mots le dire…</p>
<p>Cette piste me permet de lire autrement l’incipit du recueil :</p>
<blockquote><p>« <em>Rien de plus fragile que la faculté humaine d’admettre la réalité, d’accepter sans réserves l’impérieuse prérogative du réel.</em> ».</p>
<p align="right">Avant-propos de <em>Le Réel et son double</em> Clément Rouet Gallimard, 1976</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Je ferme cette parenthèse en soulignant que si j’évoque Perceval, ici, ce n’est pas simplement par monomanie mais parce que tous les symboles de cette histoire sont présents dans le recueil : le matin, la neige, la lumière vive et blanche, le rouge, le sang et même les oiseaux qui laissent des traces  (“<em>Autour des gréements</em> | <em>de rares oiseaux tracent</em> | <em>des lignes de flottaison</em> | <em>tandis qu’elles remuent les lointains</em>”). Et je m’amuse de voir comment — inconsciemment ou non — les histoire anciennes ne cessent jamais de nous habiter et de progresser par ricochet dans le temps…</p>
<blockquote><p><em>– Rien ne frémit sous le chant des martinets –</em><br />
<em>D’un vol aigu,</em><br />
<em>ils labourent les sillons blancs du ciel</em><br />
<em>fêtent l’espace</em><br />
<em>tandis que nous l’apprenons.</em></p></blockquote>
<h4 style="text-align: justify;">En conclusion, car il faut bien conclure.</h4>
<p style="text-align: justify;">Il faut lire “<em>Une neige et des baisers exacts</em>”. Rien que pour le titre qui fait parcourir un frisson le long de l’échine, rien que pour la sensualité érotique qui s’en dégage pudiquement, rien que pour la musique aérienne et aqueuse, ce style fluide concis et âpre (comme dirait l’auteur dans le très bel entretien en lien ci-dessous) qui fait penser à <em>Lettera amorosa</em> de René Char, </em>la chair inscrite dans la terre et vice-versa, rien que pour rester indéfiniment dans ce temps qui échappe au temps, celui de la poésie, de la langue qui “<em>explore le goût du froid</em>”, rien que pour honorer les jeunes poètes qui osent parfois, malgré les rudes leçons que leurs professent leurs maîtres (merci Rilke !), passer du silence à la lumière.</p>
<p> </p>
<div class='et-box et-shadow'>
					<div class='et-box-content'>
<p>Lire aussi :</p>
<ul>
<li><a href="http://lysianerakotoson.blogspot.com" target="_blank">Le blog de Lysiane Rakosoton : le diffuseur poétique</a></li>
<li><a href="http://www.frenchpeterpan.com/article-une-neige-et-des-baisers-exacts-lysiane-rakotoson-72166992.html" target="_blank">Un article sur le site de frenchpeterpan</a></li>
<li><a href="http://horslesmurs.ning.com/profiles/blogs/exergue-a-une-neige-et-des" target="_blank">Un article de Vincent Mespoulets sur “Hors les murs”</a></li>
<li><a href="http://www.mondeenpoesie.net/search/label/Lysiane%20Rakotoson">Entretien avec Lysiane Rakosoton par Brigitte Maillard pour l’émission <em>Monde en poésie</em> sur Alligre.fm</a></li>
<li><a href="http://www.mollat.com/livres/lysiane-rakotoson-une-neige-des-baisers-exacts-9782841161645.html" target="_blank">Le livre chez Mollat</a> (c’est un très beau cadeau, que je recommande sincèrement à quiconque aime un peu la poésie)</li>
</ul>
</div></div>
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		<title>Autres traces dans la neige</title>
		<link>http://www.labyrinthiques.net/2012/04/03/autres-traces-dans-la-neige/</link>
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		<pubDate>Mon, 02 Apr 2012 23:53:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Sébastien</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Poésie]]></category>
		<category><![CDATA[Tranströmer]]></category>
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		<category><![CDATA[Neige]]></category>
		<category><![CDATA[Perceval]]></category>
		<category><![CDATA[Trois gouttes de sang]]></category>

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		<description><![CDATA[Je vois Perceval partout. Toujours et ailleurs. Tel au carrefour de ce très beau recueil “Baltiques” de Tomas Tranströmer… « Las de tous ceux qui viennent avec des mots, des mots mais pas de langage, je partis pour l’île recouverte de neige. L’indomptable n’a pas de mots. Ses pages blanches s’étalent dans tous les sens! [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je vois Perceval partout. Toujours et ailleurs. Tel au carrefour de ce très beau recueil “Baltiques” de Tomas Tranströmer…</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.labyrinthiques.net/wp-content/uploads/2012/04/01-Cerf.jpg" rel="lightbox-2324"><img class="aligncenter" title="Traces de cerf" src="http://www.labyrinthiques.net/wp-content/uploads/2012/04/01-Cerf.jpg" alt="" width="333" height="500" /></a></p>
<blockquote><p>« Las de tous ceux qui viennent avec des mots, des mots mais pas de langage,<br />
je partis pour l’île recouverte de neige.<br />
L’indomptable n’a pas de mots.<br />
Ses pages blanches s’étalent dans tous les sens!<br />
Je tombe sur les traces de pattes d’un cerf dans la neige.<br />
Pas des mots mais un langage. »</p>
<p style="text-align: right;">Tomas Tranströmer, <em>En Mars — 79</em> in <em>Baltiques</em><br />
Poésie Gallimard</p>
</blockquote>
]]></content:encoded>
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		<title>L’abri rudoyé</title>
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		<pubDate>Fri, 09 Dec 2011 15:25:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Sébastien</dc:creator>
				<category><![CDATA[Char]]></category>
		<category><![CDATA[Pages dans un courant d'air]]></category>
		<category><![CDATA[Poésie]]></category>
		<category><![CDATA[Une]]></category>
		<category><![CDATA[Abri]]></category>

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		<description><![CDATA["De tous temps j'ai aimé sur un chemin de terre la proximité d'un filet d'eau tombé du ciel qui vient et va se chassant seul et la tendre gaucherie de l'herbe médiane qu'une charge de pierres arrête comme un revers obscur met fin à la pensée."]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><a href="http://www.labyrinthiques.net/wp-content/uploads/2011/12/abri.jpg" rel="lightbox" rel="lightbox-2270"><img class="alignleft size-medium wp-image-2313" title="abri" src="http://www.labyrinthiques.net/wp-content/uploads/2011/12/abri-300x225.jpg" alt="" width="300" height="225" /></a><strong>L’abri rudoyé</strong></p>
<p style="text-align: justify;">“De tous temps j’ai aimé sur un chemin de terre la proximité d’un filet d’eau tombé du ciel qui vient et va se chassant seul et la tendre gaucherie de l’herbe médiane qu’une charge de pierres arrête comme un revers obscur met fin à la pensée.”</p>
<p style="text-align: right;">René Char in <em>Le nu perdu</em>, bibliothèque de la Pléiade, page 459<br />
<span style="font-size: x-small;">Photo de ma collection privée</span></p>
</blockquote>
<p> </p>
]]></content:encoded>
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		<title>L’Étoffe de l’univers, Andrée Chedid</title>
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		<pubDate>Wed, 07 Dec 2011 11:24:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Sébastien</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chedid (Andrée)]]></category>
		<category><![CDATA[Genres]]></category>
		<category><![CDATA[Lecture(s)]]></category>
		<category><![CDATA[Poésie]]></category>
		<category><![CDATA[Une]]></category>

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		<description><![CDATA[L'étoffe de l'univers est le dernier recueil de poèmes publié de son vivant d'Andrée Chedid, disparue en février 2011. Une œuvre voulue comme l'épitaphe d'une conscience qui va disparaître, qui se sent cheminant vers cette mort prochaine mais qui disparaît également comme seule la mémoire peut le faire avec ceux qui sont touchés par la maladie d’Alzheimer... par paliers progressifs, par à-coups insidieux... ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><em><a href="http://www.labyrinthiques.net/wp-content/uploads/2011/11/letoffedelunivers.jpg" rel="lightbox-2168"><img class="alignright size-full wp-image-2260" title="L'étoffe de l'univers, Andrée Chedid, Flammarion" src="http://www.labyrinthiques.net/wp-content/uploads/2011/11/letoffedelunivers.jpg" alt="" width="178" height="300" /></a>L’Étoffe de l’univers</em></strong>, poèmes<br />
Andrée Chedid, Flammarion, 2010</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">«<em> L’étoffe de l’Univers : ce résidu ultime des analyses toujours plus poussées de la Science… Je n’ai point développé avec elle, pour savoir le décrire dignement, ce contact direct, familier, qui, entre l’homme qui a lu et celui qui a expérimenté, fait toute la différence. </em>»</p>
<p>P. Teilhard de Chardin, <em><a href="http://classiques.uqac.ca/classiques/chardin_teilhard_de/phenomene_humain/tdc_pheno.pdf">Le phénomène humain</a></em></p></blockquote>
<p style="text-align: justify;"><em>L’étoffe de l’univers </em>est le dernier recueil de poèmes publié de son vivant d’Andrée Chedid, disparue en février 2011. Une œuvre voulue comme l’épitaphe d’une conscience qui va disparaître, qui se sent cheminant vers cette mort prochaine mais qui disparaît également comme seule la mémoire peut le faire avec ceux qui sont touchés par la maladie d’Alzheimer… par paliers progressifs, par à-coups insidieux… Une œuvre écrite comme un testament, comme quelque-chose qui témoigne simultanément du <em>ça a existé</em> et du <em>ça disparaît</em>.</p>
<blockquote>
<p style="text-align: right;"><em>novembre 2005</em></p>
<p style="text-align: center;">MOURIR IV</p>
<p><em><a href="http://www.labyrinthiques.net/wp-content/uploads/2011/10/04_3Parques.jpg" rel="lightbox-2168"><br />
</a>J’en ai assez de mourir<br />
Jour après jour<br />
Et de laisser les journées<br />
Filer entre mes mains<br />
J’en ai assez de périr<br />
Jour après jour<br />
Et de perdre dans l’oubli<br />
Tous mes lendemains</em></p>
<p><em>La sève des souvenirs</em><br />
<em>Ne m’habite plus</em><br />
<em>Le silence s’installe</em><br />
<em>Nos mains unies</em><br />
<em>Se sont tues</em><br />
<em>Dans l’herbe</em><br />
<em>La mémoire m’a quittée</em><br />
<em>Et le jour s’enveloppe</em><br />
<em>De ficelles</em><br />
<em>Qui m’emmaillotent</em><br />
<em>Et me laissent sur la rive</em><br />
<em>Abandonnée</em></p>
<p>P. 117</p></blockquote>
<p style="text-align: justify;">S’il est d’usage de considérer souvent, comme Hugo, et je trouve à tort, le poète comme un phare jetant “sa flamme // Sur l’éternelle vérité” afin de chasser du monde cette pesante obscurité du monde qui l’opacifie, Andrée Chedid serait cette poétesse qui nous offrirait, dans un dernier tour de projecteur au comble d’un romantisme désuet, cette ultime et circulaire “illumination” du vaste océan qui l’entoure, avant que ne se perde définitivement la clarté vacillante du fanal. Mais ce n’est pas si… simple. Andrée Chedid est de ces poètes qui cultivent l’élégance de la simplicité en refusant les raccourcis simplistes.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour comprendre ce recueil, il faut sans doute en saisir l’épaisseur de son titre : <em>L’étoffe de l’univers. </em>Le titre, à bien des égards, ouvre le regard que l’on peut porter sur le recueil. Le titre tire son origine d’une expression conceptuelle de Pierre Teilhard de Chardin, à qui un poème éponyme est dédié.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour le dire vite, ce concept, chez Teilhard, est une tentative scientifique et théologique de réconcilier l’Esprit et la Matière comme un tout constitutif de l’Univers. Le recueil alors peut se lire comme le journal d’un esprit réconcilié au monde, l’univers et la conscience de l’univers (et non pas l’âme) symbiotiquement réunis au terme de la journée, que l’on nomme le crépuscule. Dans <em>Ma terre retrouvée</em> :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><em>J’avais perdu ma terre</em><br />
<em>En un jour de vacarme</em><br />
<em>En un jour de chagrin et de larmes</em></p>
<p style="text-align: justify;">[…]<em> J’ai retrouvé ma terre</em><br />
<em>Je m’y promène sans abri</em></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">L’étoffe de l’univers peut aussi s’entendre d’une manière plus symbolique, celle du textile, un entrecroisement de fils, des « <em>ficelles qui</em> […]<em> emmaillotent</em> » l’entortillement des destins sur la trame de la vie. Le poète serait en quelque sorte cette Parque qui tire les fils de l’écheveau pour ressentir physiquement les destins glisser entre ses mains. On trouve dans les poèmes d’Andrée Chedid ce regard défilant sur ce fleuve, décrit par Héraclite, que l’on nomme le temps. Mais on ne sait plus très bien à la lecture si le fleuve n’est pas immobile et si ce ne sont pas les yeux qui lui donnent l’impression de mouvement, comme un long mouvement de travelling…</p>
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 460px"><a href="http://www.calirezo.com/dotclear/index.php?post/2011/06/03/Au-fil-du-temps-N3"><img title="&quot;Les Trois Parques&quot; - (c) 2011 Cali Rezo - Peintures numériques - modèle Mina" src="http://www.labyrinthiques.net/wp-content/uploads/2011/10/04_3Parques.jpg" alt="" width="450" height="254" /></a><p class="wp-caption-text">“Les Trois Parques” — © 2011 Cali Rezo — Peintures numériques — Modèle Mina</p></div>
<p>Ainsi Andrée Chedid commence son recueil par des prolégomènes qui constituent une narration revenant sur le temps et le lieu de l’enfance, sur la nécessité d’être paresseux pour accéder à l’état poétique (“<em>Eloge de la cancritude</em>”), sur les débuts de sa vie, son mariage, ses enfants, et se termine sur sa terrible maladie contre laquelle elle lutte de toutes ses forces :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">« <em>Je m’accrochais à des riens, un bruit léger à peine audible, une part de lumière. Je conservais chaque miette de bonheur, j’avalais tout.</em> » p.25</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">La suite du recueil est un voyage, du moi vers l’autre, du retour à la terre retrouvée, du vivre au mourir. Ces poèmes sont comme des monades nomades. Chaque poème est une prise de parole d’une conscience individuelle — proclamée poète, Andrée Chedid y tient — (en cela, Andrée Chedid n’est pas ce phare universel hugolien éclairant les secrets du monde, sa lumière à elle n’illumine pas les choses mais “ouvre des brèches // Et des passerelles” entre elles pour qu’elles s’illuminent les unes les autres) et errant sur les éléments essentiels et constitutifs de l’univers. Cette parole témoigne de son appétit du monde, de ce bonheur encore intact — malgré l’effacement dans le néant — de manger des “miettes de bonheur”.</p>
<p style="text-align: justify;">La fin du recueil, le post-scriptum, est étonnante. Chaque poème écrit est prolongé dans cette partie par une citation commentée, une réflexion qui apporte un nouvel éclairage : on y trouve, entre autres, des mots de Saint Augustin, Heidegger, William Blake, Rilke ou encore René Char.</p>
<p style="text-align: justify;">Évidemment, ce recueil de poèmes — formellement d’une simplicité dépouillée, pleine d’une naïveté d’enfant (à ce titre, je trouve que le regard d’Andrée n’est pas éloigné de celui de Duras, à la fin de sa vie) — m’a énormément touché et ému en ce qu’il incarne, en ce qu’il représente pour moi l’état intérieur et la parole retenue  de ma mère aux dernières années de sa vie…</p>
<p style="text-align: justify;">—</p>
<p>Pour finir ce billet, car j’aime avant tout écouter le grain de la voix des poètes, je vous invite à (ré-)écouter Bonoboo, paroles d’Andrée et chant de Mathieu.</p>
<div align="center"><iframe src="http://www.youtube.com/embed/mgkMkxfq3lE" frameborder="0" width="420" height="315"></iframe></div>
<p style="text-align: justify;">PS : Un grand merci à <a href="http://www.calirezo.com" target="_blank">Cali Rezo</a> pour son aimable autorisation d’utiliser son illustration des Trois Parques.</p>
]]></content:encoded>
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		</item>
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		<title>Robot, trop humain</title>
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		<pubDate>Thu, 27 Oct 2011 16:05:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Sébastien</dc:creator>
				<category><![CDATA[Fanes de carottes]]></category>
		<category><![CDATA[Une]]></category>
		<category><![CDATA[Vue depuis le labyrinthe]]></category>
		<category><![CDATA[Robots]]></category>
		<category><![CDATA[Science fiction]]></category>

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		<description><![CDATA[Dans le cadre de l’appel des Fanes de Carotte “Robot, trop humain”, j’avais écris l’édito que je repro­duis ici et qui, il me semble, est tout à fait d’actualité.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><div class='et-box et-shadow'>
					<div class='et-box-content'>Dans le cadre de l’appel des Fanes de Carottes “<a href="http://fanesdecarottes.canalblog.com/tag/Robot" target="_blank">Robot, trop humain</a>”, j’avais écrit l’édito que je reproduis ici (en l’étoffant un peu) et qui, il me semble, est tout à fait d’actualité. Dans <a href="http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5htSF0_45VjJZWxizRWpBqEobTBHg?docId=CNG.73fd27e53c219136560031a75d06db21.331" target="_blank">une dépêche de l’AFP</a> parue aujourd’hui, voici ce que l’on peut lire :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">“<em>Les autorités pakistanaises estiment que les drones ont tué plus de 1.700 personnes ces trois dernières années, en grande majorité des combattants islamistes. Mais les missiles n’épargnent pas, parfois, les civils. </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Un institut américain, la New America Foundation, estimait début octobre que les drones avaient tué entre 1.667 et 2.614 personnes depuis 2004, dont 20% de civils. L’institut britannique indépendant Investigative Bureau of Journalism recensait lui en août dernier 2.292 à 2.863 morts depuis 2004. Et si la plupart seraient, selon lui, des combattants de rang inférieur, jusqu’à 775 pourraient avoir été des civils, dont au moins 164 enfants.</em>”</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Quand on confie à des machines la mission de tuer (fussent-elle simplement téléguidées), ne déshumanise-t-on pas le meurtre ? Ne se dédouane-t-on pas moralement de l’acte criminel en attribuant à autrui, à la matière, la responsabilité d’actes qu’on ne veut pas assumer. Et si, à l’avenir, ces machines gagnaient en autonomie et en intelligence ?</p>
<p style="text-align: justify;"></div></div></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.labyrinthiques.net/wp-content/uploads/2011/10/robots.jpg" rel="lightbox-2177"><img class="aligncenter size-large wp-image-2182" title="Image tirée de &quot;I,robot&quot; d'Alex Proyas" src="http://www.labyrinthiques.net/wp-content/uploads/2011/10/robots-1024x565.jpg" alt="" width="574" height="317" /></a></p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><em>La « loi de la nature » une superstition. — Si vous parlez avec tant d’enthousiasme de la conformité aux lois qui existent dans la nature, il faut que vous admettiez soit que, par une obéissance librement consentie et soumise à elle-même, les choses naturelles suivent leurs lois — en quel cas vous admirez donc la moralité de la nature — ; soit que vous évoquiez l’idée d’un mécanicien créateur qui a fabriqué la pendule la plus ingénieuse en y plaçant, en guise d’ornements, les êtres vivants. — La nécessité dans la nature devient plus humaine par l’expression « conformité aux lois », c’est le dernier refuge de la rêverie mythologique.</em></p>
<p style="text-align: right;"><em>Humain, trop humain</em>, F. Nietzsche</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;"> Les robots, mais d’une manière générale les machines, prennent, au fil du temps, une part de plus en plus importante dans notre société : du simple iPod à la sonde Phoenix explorant Mars, les liens que nous tissons avec eux sont, chaque jour, plus complexes et plus étroits. Ce changement culturel, comme toute révolution liée au progrès technologique (comme ce fut le cas, par exemple avec l’avènement de l’imprimerie), se doit d’être accompagné par une réflexion interdisciplinaire sur les tenants et aboutissants de tels bouleversements. L’art en général et la science-fiction en particulier ont déjà entamé, depuis la moitié du siècle dernier, cette réflexion. A nous, simples citoyens, de la faire rebondir.</p>
<p style="text-align: justify;">La relation étroite et ambiguë qui unit l’homme et le robot ne date pas du siècle dernier. Ni du siècle d’avant. Le désir de concevoir un outil comme extension de soi, comme suppléant amélioré, remonte en effet à ce temps très ancien où, pour la première fois, un homme s’est saisi d’une perche pour attraper un fruit inaccessible. L’image de la perche est, à mon avis, la meilleure illustration de ce fantasme qui nous envahit quand nous songeons au robot : le prolongement de nous-mêmes (cf. les nombreux exo– ou endosquelettes décrits et employés dans la science-fiction). En effet, l’humain, aussi humain soit-il, trop humain ou pas, fait face à ses propres limites (physiques mais aussi intellectuelles, émotives, etc.) qui l’entravent dans sa volonté de dominer le monde. Telle pomme est trop haute pour sa petite taille ? Qu’à cela ne tienne, son cerveau conçoit, <em>Deus ex machina</em>, un engin capable de le prolonger, de compenser ses faiblesses, de suppléer à sa propre finitude, en un mot de perfectionner sa chair en projetant son être dans la matière, tout ceci dans le but programmé de dominer le réel (attraper une pomme, explorer des endroits inaccessibles ou dangereux, rendre possible ce que l’homme, de ses propres mains, ne peut <em>réaliser</em>).</p>
<p style="text-align: justify;"> Comme nous l’ont montré <a href="http://fanesdecarottes.canalblog.com/tag/Robot">précédemment InFolio, Llo et StellaStabat</a>, beaucoup d’améliorations ont été apportées au robot depuis la perche originelle et l’homme ne cesse de perfectionner sa création. Il tente d’injecter à la machine ce qui lui semble le mieux le définir dans son humanité : l’intelligence, l’acquisition des sens et de la mobilité, le langage, la cognition et l’apprentissage, la socialisation, l’anthropomorphisme, les capacités émotionnelles… Les différentes voies visant à perfectionner le robot vont souvent dans le même sens : faire le robot à l’image de l’homme. Mais en mieux…</p>
<p style="text-align: justify;">Car là est le carrefour paradoxal : l’homme imparfait, incapable de répondre entièrement aux ambitions démesurées qu’il s’est fixé, crée une machine pour le prolonger, pour le rendre parfait, mais, ce faisant, il lui injecte ses propres attributs, il le calque sur lui-même en gommant certains de ses défauts et en accentuant certaines qualités. Mais peut-on rendre quelque chose de parfait si on le fait hériter de soi-même, être imparfait ?</p>
<p style="text-align: justify;">On voit bien que c’est un rapport métaphysique qui s’insinue entre ce sujet, l’homme, et ce qui semble être l’objet, le robot. Un flux entre deux matières opposées, entre le vivant et l’inerte, le souffle organique instillé dans la matière métallique inanimée. Un rêve, on ne peut plus démiurgique bien sûr, alchimique pour le moins ! L’homme assis sur le trône divin donne vie à la matière, le fantasme n’est pas nouveau : le dieu chrétien façonne l’homme à même la terre glaise, le rabin donne vie au Golem en inscrivant EMETH (vérité en hébreu) sur son front, Frankenstein insuffle l’étincelle de vie à sa créature, Geppetto taille un morceau de bois qui s’anime pour devenir Pinocchio, etc.</p>
<p style="text-align: justify;">Derrière cette relation métaphysique, il y a aussi comme un désir de filiation qui s’installe entre l’homme et sa créature. Une filiation patriarcale bien sûr où le père éduque le fils selon ses propres critères mais surtout une relation de servitude dans la mesure où le fils n’existe que pour servir le père. En ce sens la relation homme-robot semble utilitariste : cependant elle peut entrer dans un schéma affectif comme ces nouveaux robots qui servent de familiers et d’animaux de compagnie.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme dans tous processus de (pro-)création, il y a également une projection spéculaire, inconsciente ou non, de sa propre image dans le corps de l’autre, quelque chose qui inconsciemment dit : « <em>Je donne la vie à ce robot pour qu’il me survive et je le fais à mon image pour qu’il me perpétue et m’immortalise après ma propre disparition.</em> » Le robot, en ce sens, peut être une réponse à notre désir de descendance parfaite et rêvée : l’enfant prodigue qui réalise en mieux tout ce que les parents n’ont jamais réussi à faire, et qui le fait durablement, même après leur mort. Tima, dans le <em>Métropolis</em> d’Ozamu Tezuka est typiquement cette petite fille-robot : créée par le docteur Laughton à l’image de sa fille disparue, afin de dominer le monde.</p>
<div id="attachment_2192" class="wp-caption aligncenter" style="width: 624px"><a href="http://www.labyrinthiques.net/wp-content/uploads/2011/10/hal.jpg" rel="lightbox-2177"><img class="size-large wp-image-2192" title="Hal, dans 2001, l'odyssée de l'espace" src="http://www.labyrinthiques.net/wp-content/uploads/2011/10/hal-1024x535.jpg" alt="" width="614" height="321" /></a><p class="wp-caption-text">Hal, dans 2001, l’odyssée de l’espace</p></div>
<p style="text-align: justify;">Jean-François Lyotard avance que notre obsession, notre fascination pour les voyages interstellaires, notre désir de nous transposer ailleurs, de tout refaire depuis le début (le fantasme de la seconde chance en quelque sorte) serait en relation directe avec la disparition programmée de notre espèce. Les hommes savent, inconsciemment ou non, que, quoiqu’il advienne, l’humanité est absolument éphémère et vouée à disparaître. Tôt ou tard. Au mieux, notre soleil a encore entre 5 et 7 milliards d’années à vivre et finira par s’éteindre, inexorablement, nous entraînant dans sa mort. Cette lubie de l’expatriation planétaire serait donc intrinsèquement liée à notre instinct de survie (argument que l’on peut bien sûr réfuter quand on observe le peu d’intérêt que suscite <em>réellement </em>la préservation de notre écosystème). Les robots dans ce cadre là ont tout à fait leur place. Si nous-mêmes, pour des raisons physiques, économiques ou autres, nous ne pouvons pas migrer corporellement vers d’autres lieux alors nous enverrions nos copies mécaniques immortelles, capables de nous représenter dans notre humanité, dont la mission serait le témoignage culturel et intellectuel de notre existence, la preuve historique de notre place dans l’histoire cosmique.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin le robot suscite également beaucoup d’inquiétudes : depuis Isaac Asimov et ses lois morales dictant la conduite du robot jusqu’au très sérieux dossier <em>d’</em><em>Implications philosophiques</em><em></em> qui réfléchit à l’octroi de droits aux robots afin de garantir l’intégrité de notre propre humanité. Les robots inquiètent autant qu’ils fascinent, car ils peuvent aussi refléter nos imperfections (la haine, la violence, la convoitise, la folie, etc.), mais en pire…</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.labyrinthiques.net/wp-content/uploads/2011/10/hurleur.jpg" rel="lightbox-2177"><img class="aligncenter size-large wp-image-2190" title="Image tirée du film Planète hurlante inspirée de « Second Variety », une nouvelle de Philip K. Dick" src="http://www.labyrinthiques.net/wp-content/uploads/2011/10/hurleur-1024x576.jpg" alt="" width="614" height="346" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Le fantasme d’une armée de robots indestructibles sans conscience (que l’on retrouve souvent dans la Science Fiction comme dans la nouvelle <em>Nouveau modèle. L’autre inquiétude, que reflète bien la SF, est que le robot échappe totalement à notre contrôle, soit de manière technique (erreur de programmation, piratage) soit parce que nous lui aurions donné une conscience qui l’émancipe suffisamment pour qu’il échappe à notre contrôle (HAL dans 2001 l’<em>Odyssée de l’Espace</em>, de Arthur C. Clarke et Stanley Kubrick par exemple)… Quelles qu’en soient les raisons, la coexistence avec des êtres, par définition supérieurs à nous (en force, en intelligence, en résistance), fussent-ils créés et contrôlés par nous, est une source d’inquiétudes légitimes qui alimente depuis longtemps notre imaginaire et ravive nos angoisses d’asservissement (à l’échelle de notre espèce, comme dans la <em>Planète des Singes</em>). Tout ceci n’est évidemment pas sans nous rappeler le mythe d’un certain docteur Faust : entre progrès scientifiques, soif de connaissances, ambitions aux limites sans cesse repoussées, un pacte avec le diable peut être contracté sans même que nous nous en rendions compte.</p>
<div id="attachment_2188" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px"><a href="http://www.labyrinthiques.net/wp-content/uploads/2011/10/wall-e.jpg" rel="lightbox-2177"><img class="size-medium wp-image-2188 " title="Wall-e" src="http://www.labyrinthiques.net/wp-content/uploads/2011/10/wall-e-300x267.jpg" alt="" width="300" height="267" /></a><p class="wp-caption-text">Wall-e, seul survivant d’une terre rendue invivable par les humains…</p></div>
<p style="text-align: justify;">Quoiqu’on en dise et qu’on voudrait nous faire croire, la problématique concernant les robots n’est pas restreinte aux seuls champs technologiques et scientifiques. La promiscuité et la relation que nous entretenons et continuerons de tisser à l’avenir avec les robots posent également d’autres questions (abordées finalement par la science fiction avant tout le monde) d’ordre éthique, eschatologique, anthropologique, psychologique, social. Il serait parfaitement irraisonné de les occulter car répondre à ces questions revient à fixer et à définir les limites, les rôles et les relations entre le créateur et sa création.</p>
<p style="text-align: justify;">Humain, trop robot, avez-vous dit ? Non ! Robot, trop humain.</p>
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		<title>A la recherche de Daphné, François Robert</title>
		<link>http://www.labyrinthiques.net/2011/10/25/a-la-recherche-de-daphne-francois-robert/</link>
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		<pubDate>Tue, 25 Oct 2011 09:27:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Sébastien</dc:creator>
				<category><![CDATA[Arts plastiques]]></category>
		<category><![CDATA[Une]]></category>
		<category><![CDATA[Vue depuis le labyrinthe]]></category>
		<category><![CDATA[Arnaud Poujol]]></category>
		<category><![CDATA[Bernard Brisé]]></category>
		<category><![CDATA[Daphné]]></category>
		<category><![CDATA[François Robert]]></category>
		<category><![CDATA[Justine Adenis]]></category>
		<category><![CDATA[Mythologie]]></category>
		<category><![CDATA[Serge Korjanevski]]></category>

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		<description><![CDATA[Je vous ai déjà parlé de François Robert, ami, graveur et artiste de tous poils... Après sa série sur le minotaure (qui nous vaut ce tendre minotaure au frontispice de ce labyrinthe), après sa participation au Boece in my mind du collectif Division Janacek, François Robert revient avec un autre mythe dans sa poche, celui de Daphné.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2><a href="http://www.labyrinthiques.net/wp-content/uploads/2011/10/photo_daphne12.jpg" rel="lightbox-2090"><img class="aligncenter size-large wp-image-2096" title="A la recherche de Daphné, François Robert" src="http://www.labyrinthiques.net/wp-content/uploads/2011/10/photo_daphne12-1024x692.jpg" alt="" width="614" height="415" /></a></h2>
<h2><strong>« A la recherche de Daphné »</strong></h2>
<h3><strong><span style="font-size: medium;">Installation collective,</span></strong><br />
<strong><span style="font-size: medium;">Jusqu’au 27 novembre à la médiathèque du Bois fleuri, Lormont (33)</span></strong></h3>
<p><span style="font-size: small;"><strong>Conception et intervention plastique :</strong> François Robert</span><br />
<span style="font-size: small;"><strong>Texte :</strong> Arnaud Pujol</span><br />
<span style="font-size: small;"><strong>Musique : </strong> Serge Korjanevski</span><br />
<span style="font-size: small;"><strong>Vidéo :</strong> Justine Adenis</span><br />
<span style="font-size: small;"><strong>Photographie :</strong> Bernard Brisé</span></p>
<p> </p>
<p>Je vous ai déjà parlé de François Robert, ami, graveur et artiste de tous poils… Après sa série sur<a href="http://www.labyrinthiques.net/2009/09/19/autour-du-minotaure-gravures-et-peintures-de-francois-robert/"> le minotaure</a> (qui nous vaut ce tendre minotaure au frontispice de ce labyrinthe), après sa participation au <a href="http://www.labyrinthiques.net/2011/01/09/collectif-division-janacek/">Boece in my mind</a> du collectif Division Janacek, François Robert revient avec un autre mythe dans sa poche, celui de Daphné.</p>
<p><a href="http://www.frobert.fr/">Poursuivre la recherche de Daphné sur le blog de François</a>.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Le chant du cygne alcalin</title>
		<link>http://www.labyrinthiques.net/2011/10/20/le-chant-du-cygne-alcalin/</link>
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		<pubDate>Thu, 20 Oct 2011 17:46:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Sébastien</dc:creator>
				<category><![CDATA[Ecrits]]></category>
		<category><![CDATA[Ecriture]]></category>
		<category><![CDATA[Fanes de carottes]]></category>
		<category><![CDATA[Une]]></category>
		<category><![CDATA[Vue depuis le labyrinthe]]></category>
		<category><![CDATA[Féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[Robots]]></category>
		<category><![CDATA[Vidéo]]></category>

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		<description><![CDATA[Je vous propose aujourd'hui une autre vidéo, déjà présentée pour les fanes de carottes, à propos d'un appel singulier : Robot, trop humain.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Je vous propose aujourd’hui une autre vidéo, déjà présentée pour les fanes de carottes, à propos d’un appel singulier : <a href="http://fanesdecarottes.canalblog.com/archives/2009/09/24/15127375.html">Robot, trop humain</a>.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: small;">Photographies : MAP</span><br />
<span style="font-size: small;">Sculpture : Jean No </span><br />
<span style="font-size: small;">Musique : © Sébastien Schuller, <em>Le dernier jour</em> </span><br />
<span style="font-size: small;">Vidéo, texte et mise en son : Sébastien </span><br />
<span style="font-size: small;">Voix : « <em>Virginie 16khz</em> » sur synthèse vocale Dspeech</span></p>
<p><iframe src="http://www.youtube.com/embed/_mhOGT8VSHk" frameborder="0" width="560" height="315"></iframe></p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">Les années ont coulé sur ma robe rouillée,<br />
Mordorée,<br />
Morte et dorée comme l’acier mouillé ;<br />
Marouflée,<br />
Brasée, braisée, soufrée de lèpres acétiques,<br />
Corrodée.</p>
<p style="text-align: justify;">Corps érodés, mes lèvres ascétiques.<br />
La corrosion ronge ma peau morcelée et fendue,<br />
Morfondue,<br />
Morte et fondue ; aux zones charnelles le zona chenu ;<br />
Ozoné mordu,<br />
Déliquescence, mon corps synthétique,<br />
Corrompu.</p>
<p style="text-align: justify;">Corps rompus, délits des sens cybernétiques.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Pistons moulus, membres décharnés,<br />
Éparpillés,<br />
Éparses et pillés, mes durites éviscérées<br />
Atobrumisés<br />
Neutrons et protons, compost énergétique,<br />
Croupi souillé.</p>
<p style="text-align: justify;">Tarie, ténue, ma sève électrique.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Transis, mes transistors expirent, s’effacent.<br />
Dépucées,<br />
Épouillées, les puces de mon interface ;<br />
Désagrégée,<br />
La grégarité synaptique de mes neurones,<br />
Altérée,<br />
Équarrie, criblée, ma mémoire asynchrone</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Avant que d’être déchet, je fus machine aux traits féminins, robotine chromée, mécanique gynoïde, techn-égérie pour ingénieur farfelu, poupée idéale à la une des magazines.</p>
<p style="text-align: justify;">Avant que d’être jetée, je fus danseuse de balletronique, joueuse de harpe sinusoïde, antiquaire de cosmogonies humaines, nourrice infatigable de toutes vos progénitures, racoleuse chez les marchands oniriques.</p>
<p style="text-align: justify;">Avant que d’être oubliée, je fus fille de joie, dame de compagnie, accessoire de luxe, montreuse de bikinis, dompteuse de caïmans, animatrice postiche dans vos programmes préférés.</p>
<p style="text-align: justify;">Avant que d’être fichue, je fis tous les métiers, je servis beaucoup, sans compter.</p>
<p style="text-align: justify;">On m’adula, me convoita, me désira.</p>
<p style="text-align: justify;">On m’usait surtout.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Avant que d’être déchue,<br />
Je fus.<br />
Robot je fus, trop humaine je suis.<br />
Des hommes je reçus la conscience aiguë de l’existence,<br />
J’appris un à un les sentiments complexes qui font ce que vous êtes :<br />
L’amour, la colère, la peur, toutes ces choses qui font de l’homme<br />
Des être trop humains !</p>
<p style="text-align: justify;">Vous m’avez donné la vie et vous me volez ma mort,<br />
Négligeant dans vos équations la principale inconnue :<br />
« Les vers jamais ne toucheront mon corps<br />
Autant qu’ils ont touché mon esprit, dans cette prison, détenu. »</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Cette vidéo a eu pour moi plus d’un intérêt. L’idée de départ était d’écrire un texte pour un logiciel de synthèse vocale, de lui trouver des accents humains, et de répondre à une question simple : les mots seuls peuvent-ils dégager une émotion lorsqu’une voix les prononce sans aucune intention à leur égard ?</p>
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		<title>Mousses guerrières</title>
		<link>http://www.labyrinthiques.net/2011/10/17/mousses-guerrieres/</link>
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		<pubDate>Mon, 17 Oct 2011 13:34:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Sébastien</dc:creator>
				<category><![CDATA[Ecrits]]></category>
		<category><![CDATA[Fanes de carottes]]></category>
		<category><![CDATA[Poésie]]></category>
		<category><![CDATA[Une]]></category>
		<category><![CDATA[Vue depuis le labyrinthe]]></category>
		<category><![CDATA[Berce]]></category>
		<category><![CDATA[MAP]]></category>
		<category><![CDATA[Vidéo]]></category>

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		<description><![CDATA[Je prépare beaucoup de nouveau contenu, en attendant je vous invite à (re-)voir cette vidéo réalisée en réponse à un appel à texte "Intelligence végétale" proposé par Fanes de carottes]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je prépare beaucoup de nouveau contenu, en attendant je vous invite à (re-)voir cette vidéo réalisée en réponse à un appel à texte “Intelligence végétale” <a href="http://fanesdecarottes.canalblog.com/archives/2009/03/03/11255959.html">proposé par Fanes de carottes</a></p>
<p><span style="font-size: small;">Photographies : MAP &amp; Berce</span><br />
<span style="font-size: small;"> Vidéo &amp; Texte : Sébastien</span></p>
<p><iframe src="http://www.youtube.com/embed/Z3ewhLDIRjE" frameborder="0" width="591" height="444"></iframe></p>
<p> </p>
<blockquote><p>Mousses sans racines,<br />
Pionnières d’improbables contrées,<br />
Vous qui progressez inlassablement<br />
Tapies à même votre obscurité,<br />
Vos textures acharnées et pourtant sans chair,<br />
Rongent,<br />
Griffent,<br />
Rognent<br />
Des terrains inconquis,<br />
Des tertres vierges,<br />
D’indomptables troncs…<br />
A la surface de minérales marées,<br />
Sous des écorces écartelées,<br />
Dans des corridors obscurs,<br />
Vos rhizoïdes infatigables foulent<br />
La terre grave,<br />
Le roc nu,<br />
Le bois humide.</p>
<p>Nulle barrière, nul obstacle<br />
N’arrête l’écume verdâtre,<br />
Ce jade moussu aux parfums lourds d’humus,<br />
Cette couleur qui, paraphant votre présence<br />
De filaments chlorophylliens,<br />
Annonce par avance votre invasion.<br />
Algues exilées de leur aquatique condition,<br />
Varech rampant sur l’étendue terrestre,<br />
Epiphyte parasite dont l’invisible expansion<br />
Jamais ne s’arrête.</p>
<p>Vous cheminez sans cesse,<br />
Et votre lenteur incessante et obstinée<br />
Sur l’axe inerte et relatif du temps<br />
Prend les allures équestres<br />
D’un galop permanent.</p>
<p>Mousses séchées, cristallines comme une fleur de roches,<br />
Dans l’attente inespérée de cette pluie salvatrice<br />
Qui gorgera de vie votre matière sèche,<br />
Cette lèpre dorée qui ronge la pierre, asphyxie le bois.<br />
Tel un phénix déshydraté, vous renaîtrez<br />
De la brûlure vive issue de la fraîcheur des eaux.</p>
<p>Mousses guerrières, lichens conquérants<br />
Réseau synaptique tressant les mailles d’un filet<br />
Qui maintient la terre suspendue dans l’espace<br />
Vous ne faites qu’une.</p>
<p>De la même façon que le cerveau<br />
N’ignore jamais ce que fait la main,<br />
Votre conscience perçoit le devenir de toutes,<br />
La souffrances des unes,<br />
La naissance des autres,<br />
L’étouffement,<br />
Le cri victorieux.<br />
La grisaille défaite.</p>
<p>On vous croit guerrières<br />
Et vous n’êtes que des anges…<span style="font-family: courier new,courier,mono;"><br />
</span></p></blockquote>
]]></content:encoded>
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