A une passante, Charles Baudelaire

A une passante, Charles Baudelaire

A une pas­sante, Charles Baudelaire

La rue assour­dis­sante autour de moi hur­lait.
Longue, mince, en grand deuil, dou­leur majes­tueuse,
Une femme passa, d’une main fas­tueuse
Sou­le­vant, balan­çant le fes­ton et l’ourlet ;

Agile et noble, avec sa jambe de sta­tue.
Moi, je buvais, crispé comme un extra­va­gant,
Dans son œil, ciel livide où germe l’ouragan,
La dou­ceur qui fas­cine et le plai­sir qui tue.

Un éclair… puis la nuit ! — Fugi­tive beauté
Dont le regard m’a fait sou­dai­ne­ment renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l’éternité ?

Ailleurs, bien loin d’ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais !

Charles Bau­de­laire, Les Fleurs du Mal, Gal­li­mard




2 réponses à “A une passante, Charles Baudelaire”

  1. mc d'augé dit :

    Très beau celui-ci … Dans “les Pas­santes” de Bras­sens (poème qui ne serait pas de lui) :

    on pleure les lèvres absentes
    De toutes ces belles pas­santes
    Que l’on n’a pas su retenir.

    Oui je le concède c’est moins “bau­de­lé­rien” mais j’aime aussi :o ) Bien à vous !

  2. admin dit :

    Oui un très beau poème d’Antoine Pol. Mous­taki l’a égale­ment reprise… J’avais écouté, il y a quelque temps, une émis­sion de FI sur le thème des pas­santes, sujets mys­té­rieux d’inspiration, de fan­tasmes variés et dedans figu­rait le poème de Bau­de­laire et la chan­son (par Mous­taki)… Bises à vous !

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