La Sorgue, René Char

La Sorgue, René Char

La Sorgue, détail de la grande roue de l'Isle sur SorgueDétail de la grande roue à aubes de l’Isle sur Sorgue (avril 2009)

[Edit : j’ai rajouté le poème lu par l’auteur, cli­quez sur le lien ci-dessous et démar­rez le lec­teur]
La Sorgue lu par René Char

La Sorgue

Rivière trop tôt par­tie, d’une traite, sans com­pa­gnon,
Donne aux enfants de mon pays le visage de ta passion.

Rivière où l’éclair finit et où com­mence ma mai­son,
Qui roule aux marches d’oubli la rocaille de ma raison.

Rivière, en toi terre est fris­son, soleil anxiété.
Que chaque pauvre dans sa nuit fasse son pain de ta moisson.

Rivière sou­vent punie, rivière à l’abandon.

Rivière des appren­tis à la cal­leuse condi­tion,
Il n’est vent qui ne flé­chisse à la crête de tes sillons.

Rivière de l’âme vide, de la gue­nille et du soup­çon,
Du vieux mal­heur qui se dévide, de l’ormeau, de la compassion.

Rivière des far­fe­lus, des fié­vreux, des équar­ris­seurs,
Du soleil lâchant sa char­rue pour s’acoquiner au menteur.

Rivière des meilleurs que soi, rivière des brouillards éclos,
De la lampe qui désal­tère l’angoisse autour de son chapeau.

Rivière des égards au songe, rivière qui rouille le fer,
Où les étoiles ont cette ombre qu’elles refusent à la mer.

Rivière des pou­voirs trans­mis et du cri embou­quant les eaux,
De l’ouragan qui mord la vigne et annonce le vin nouveau.

Rivière au coeur jamais détruit dans ce monde fou de pri­son,
Garde-nous violent et ami des abeilles de l’horizon.

René Char, extrait de Fureur et mys­tère, 1948, © Éditions Gallimard

La sorgue à l'Isle sur Sorgue




6 réponses à “La Sorgue, René Char”

  1. mc d'augé dit :

    très beau poème de René Char j’ai (ré) appris la signi­fi­ca­tion de “embou­quer” … quant à l’illustration, alors-là Seb, tu as fait fort (arrête ton char !!! hihi) … sur le moment, j’ai pensé que la pre­mière photo datait de 1948 comme celle du poème mais non c’est celle d’avril 2009 …super et en plus avec un arc-en-ciel (c’était en sus du menu, com­mandé spé­cia­le­ment par le res­tau­ra­teur de l’Isle-sur-Sorgue !!!) bravo !

  2. Sébastien dit :

    Oui c’est un très beau poème ! J’ai rajouté un fichier audio où René Char en per­sonne lit le poème… Pour la pre­mière photo on avait un soleil magni­fique, ce qui explique l’arc en ciel iri­sant les eaux…

  3. mc d'augé dit :

    René Char et André Mal­raux même com­bat … en ce qui concerne l’élocution … super ! et ah ! le soleil de l’Isle –sur– Sorgue !!!!!

  4. mc d'augé dit :

    peut-être irons nous (re) voir la Sorgue durant l’escapade de mai ? le Palais des Papes lui c’est sûr !!!!! Inter­net va me man­quer … un peu … à “bétou” !

  5. InFolio dit :

    Oh ! La photo de la roue est superbe. celle que j’ai fait de cette même roue il y a quelques années est bien pâle en com­pa­rai­son !! Je garde un très bon sou­ve­nir de ma pro­me­nade dans cette région, et j’avais beau­coup aimé ce vil­lage et ses envi­rons.
    Le poème qui accom­pagne l’image évoque tel­le­ment d’aspects de l’eau et tel­le­ment de moments de vie qui accom­pagne l’eau. Ce texte a de quoi faire réson­ner la corde de chacun.

  6. Sébastien dit :

    Oui cette région est magni­fique… Après l’Isle sur Sorgue je suis allé voir Gordes qui est un vil­lage bâtie sur le flanc jusqu’à la cime d’un pic… Très beau aussi !

    Ce qui est très beau dans ce poème c’est que René Char fait de cette rivière une rivière des hommes, liée a leurs acti­vi­tés, à leur vie… Ce n’est pas du tout un tableau buco­lique mais un por­trait social et poé­tique de la rivière…

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