La fin d’Astérion, Jorge Luis Borges

La fin d’Astérion, Jorge Luis Borges

La demeure d’Astérion, Jorge Luis Borges, in L’Aleph

Détail (médaillon) : Thésée et le Minotaure« […] Tous les neuf ans, neuf êtres humains pénètrent dans la mai­son pour que je les délivre de toute souf­france. J’entends leurs pas et leurs voix au fond des gale­ries de pierre, et je cours joyeu­se­ment à leur ren­contre. Ils tombent l’un après l’autre, sans même que mes mains soient tachées de sang. Ils res­tent où ils sont tom­bés. Et leurs cadavres m’aident à dis­tin­guer des autres telle ou telle gale­rie. J’ignore qui ils sont. Mais je sais que l’un d’eux, au moment de mou­rir, annonça qu’un jour vien­drait mon rédemp­teur. Depuis lors, la soli­tude ne me fait plus souf­frir, parce que je sais que mon rédemp­teur existe et qu’à la fin il se lèvera sur la pous­sière. Si je pou­vais entendre toutes les rumeurs du monde, je per­ce­vrais le bruit de ses pas. Pourvu qu’il me conduise dans un lieu où il y aura moins de gale­ries et moins de portes. Com­ment sera mon rédemp­teur ? Je me le demande. Sera-t-il un tau­reau ou un homme ? Sera-t-il un tau­reau à tête d’homme ? Ou Sera-t-il comme moi ?

Le soleil du matin res­plen­dis­sait sur l’épée de bronze, où il n’y avait déjà plus trace de sang.
“Le croiras-tu, Ariane ? dit Thé­sée, le Mino­taure s’est à peine défendu.”
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