Oranger en fleur…

Oranger en fleur…

El Sur - Film de F.E. Solanas / Musique d'Astor PiazzolaJe prends le temps d’une petite pause musi­cale, ins­pi­rée par quelques nou­velles lues précédemment.

Ce que je connais de l’Argentine se résume à peu de choses. Mais dans ce tout petit sac de connais­sances, j’ai une boîte. Dans cette boîte un écrin. Dans cet écrin est caché un bijou de lumière, El Sur, un film de Fer­nando Eze­quiel Sola­nas, (prix de la mise en scène à Cannes en 1988). Ser­tie dans ce bijou : une perle, le tango. Dans un reflet nacré de cette perle, un joueur de ban­do­néon au coin d’une rue, des notes tristes et dan­santes, l’âme d’un pays dans un souffle…

Et une voix, grave et émou­vante, qui sur­git de nulle part : Era más blanda que el agua

Pour écou­ter Naranjo en flor ou alors toute la bande ori­gi­nale du film (Musique et arran­ge­ments d’Astor Piaz­zola, Chant de Roberto Goyeneche).

[Edit] J’ai fina­le­ment trouvé l’extrait du film, je vous le livre donc ici :

Naranjo en flor (Oran­ger en fleur)
(Homero Expó­sito — Vir­gi­lio Expósito)

Era más blanda que el agua,
que el agua blanda,
era más fresca que el río,
naranjo en flor.
Y en esa calle de estío,
calle per­dida,
dejó un pedazo de vida
y se marchó…

Pri­mero hay que saber sufrir,
des­pués amar, des­pués par­tir
y al fin andar sin pen­sa­miento…
Per­fume de naranjo en flor,
pro­me­sas vanas de un amor
que se esca­pa­ron con el viento.
Después…¿qué importa el des­pués?
Toda mi vida es el ayer
que me detiene en el pasado,
eterna y vieja juven­tud
que me ha dejado aco­bar­dado
como un pájaro sin luz

¿Qué le habrán hecho mis manos?
¿Qué le habrán hecho
para dejarme en el pecho
tanto dolor?
Dolor de vieja arbo­leda,
can­ción de esquina
con un pedazo de vida,
naranjo en flor.

Elle était plus douce que l’eau,
Plus encore que l’eau douce,
Elle était plus fraîche que la rivière,
Oran­ger en fleur.
Et dans cette rue de l’été,
Cette rue égarée,
Elle y laissa un petit bout de vie,
Et s’évanouit.

D’abord il faut savoir souf­frir,
Ensuite aimer, ensuite par­tir,
Et à la fin che­mi­ner la tête vide…
Par­fum d’oranger en fleur,
Pro­messes vaines d’amour
Qui s’éparpilleront dans le vent.
Après… Quelle impor­tance ?
Tout ma vie est dans cet hier
Qui me retient pri­son­nier du passé,
Eter­nelle et vieille jeu­nesse
Qui m’a main­tenu effrayé
Comme un oiseau sans lumière.

Que lui auriez-vous fait mes mains ?
Que lui auriez-vous fait
Pour me plan­ter dans le cœur
Autant de dou­leurs ?
Dou­leur d’une vieille futaie,
Chan­son du coin de rue
Comme un petit bout de vie,
Oran­ger en fleur.

Tra­duc­tion par mes soins. N’hésitez pas à me cor­ri­ger, mon espa­gnol est main­te­nant assez lointain



12 réponses à “Oranger en fleur…”

  1. InFolio dit :

    je ne connais pas du tout ce film et assez peu la culture de l’Amérique latine. Mais ce poème est véri­ta­ble­ment magni­fique. Merci de l’avoir par­tagé, il va me suivre quelque temps…

  2. Sébastien dit :

    Oui c’est un très beau poème, très nos­tal­gique (Tout ma vie est dans cet hier qui me retient pri­son­nier du passé), assez flou aussi dans son contenu… Je ne suis pas satis­fait de la tra­duc­tion mais au moins c’est la mienne, je ne peux m’en prendre qu’à moi. Mais il faut écou­ter les tan­gos, il faut les dan­ser (quand on sait) mais les écou­ter c’est un régal !

  3. InFolio dit :

    encore faut-il les com­prendre… et je ne parle pas espa­gnol. :/ un petit regret que je m’efforcerai de cor­ri­ger un jour.

  4. Berce dit :

    tango tan­guer, tango ego, tango être.
    aimer, souf­frir, par­tir …mais aimer…
    se tenir, se ser­rer, se pro­je­ter, se dési­rer, se sépa­rer…
    rap­pe­ler l’espace des bras ‚la conso­la­tion de la musique,la fraî­cheur de la rivière.
    j’aime le tango, j’aime tan­guer dans ce va et vient…
    merci pour ce texte.

  5. mc de la rochette dit :

    dans le tango
    j’aime sur­tout
    et beau­coup
    l’accordéon …
    chro­ma­tique
    dia­to­nique
    qu’importe et tu sais quoi ?
    j’imagine Léo­tard de son pré­non Phi­lippe
    inter­pré­ter aussi ce beau mor­ceau …
    biz

  6. Sébastien dit :

    @Berce
    Oui le tango est cet art où danse musique et chan­son rejouent les pas­sions qui nous habitent… Même celles que nous ne nous per­met­tons pas d’exprimer en temps ordi­naire…
    Content que ce texte t’ai plu.

    @MC
    Oui il aurait tout à fait pu inter­pré­ter ce mor­ceau, c’est vrai, mais dans le film il ne chante pas ! car, fait étrange que tu cites Léo­tard ici, mais il joue dans ce film là… C’est le seul fran­çais de la dis­tri­bu­tion, et il joue excel­lem­ment.
    Ici Piaz­zola a mis beau­coup de ban­do­néon, qui est un peu le piano triste du pauvre pour reprendre une image de Léo…

  7. mc de la rochette dit :

    C’est un pur hasard d’avoir ima­giné Léo­tard dans ce chant, c’est son côté “rocailleux” qui m’est venu à l’esprit … et en plus il joue dans le film ? ma culture ciné­phile est mince et je note donc dans la liste des films à voir …
    Léo­tard fai­sait bien l’acteur aussi c’est vrai et Piaz­zola joue très bien du piano triste du pauvre … conti­nue Seb c’est bien !

  8. Sébastien dit :

    Je viens de com­man­der le DVD en VO sous-titrée chez le seul dis­tri­bu­teur que j’ai trouvé, je le ramè­ne­rai à l’occasion :)
    Ah oui au fait, la Bande Son il me semble que c’est Manu qui me l’avait enre­gis­trée sur cas­sette (que j’ai trop usée :) ) mais il se peut qu’elle ait encore le CD

  9. mc de la rochette dit :

    super une petite pro­jec­tion en pers­pec­tive …
    ndlr dans le com­men­taire plus haut il fal­lait lire bien sûr “culture ciné­ma­to­gra­phique” et non pas “culture ciné­phile” …sou­rire et non pas lol !!!! hi! bon w.e

  10. Sébastien dit :

    Bah ciné­phile ca se dit aussi :)

  11. dasola dit :

    Bon­jour, quand on me parle d’Astor Piaz­zola, je fonds. Et puis le peu que j’ai de Bue­nos Aires m’a donné envie de repar­tir. Bonne après-midi.

  12. Sébastien dit :

    Bon­jour, je ne connais pas Bue­nos Aires autre­ment que par le stac­cato du ban­do­néon de Piaz­zola ! Mais déjà, quelle approche, quel trans­port rien qu’en fer­mant les yeux ! Merci de ton pas­sage, reviens quand du veux !

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