Portrait de l’artiste au nez rouge, Philippe Léotard

Portrait de l’artiste au nez rouge, Philippe Léotard

Por­trait de l’artiste au nez rouge,
Phi­lippe Léo­tard, Ed. Balland/Egée

On parle peu de poé­sie en ce siècle. Pour­tant ce ne sont pas les poètes qui manquent… peut-être les lec­teurs de poé­sie. Ce poète, Ange-Philippe Léo­tard Tomasi, a le nez rouge. Ce même nez qui trône au milieu de la face du clown, appen­dice fac­tice et joyeux qui sert de façade bur­lesque, mais qui est en réa­lité n’est qu’un mirage qui cache le visage et la gau­che­rie d’un ivrogne dont la folie désa­bu­sée fait rire.

Auto­por­trait du “je” par Léo­tard qui se consi­dé­rait avant tout comme un comé­dien de la vie (« Je suis bailli par une ombre plus pro­fonde en moi que moi-même, pour exer­cer cette magie d’être plus lumi­neux, voire plus brillant que les innom­brables soleils qui m’éclairent. A d’autres le soin de me sor­tir des souillures qui ne viennent que d’eux, à d’autres de me “déta­cher” s’ils veulent s’approprier. », p. 107)… Un comé­dien, un clown, un poète, quelle dif­fé­rence ? Tout cela ne sert à rien. Irré­sis­ti­ble­ment roman­tique, né sans doute un siècle trop tard, ce Léo­tard est un croi­se­ment anar­chique et assumé entre Rim­baud et Pré­vert, entre Jim Mor­ri­son et Léo Ferré, un sal­tim­banque de l’infortune, aux vers brû­lés, à l’haleine lourde et au regard lucide et inquiet (« Je suis comme tous les hommes, mais comme je suis plus inquiet, tous les hommes en moi prennent des pro­por­tions plus ter­ribles. Et inver­se­ment. Dans tous les sens. », p.155). Ce livre, s’il est plein de verve et de phrases qu’on retien­drait volon­tiers, ne révo­lu­tionne pas la forme poé­tique, certes non! Mais il offre un lyrisme de fin de siècle (de fin de par­tie dirait Beckett) sai­sis­sant, où le “je”, plein de hargne et d’amour, de « demis-mots amers », déborde du car­can qui l’emprisonne (« Si j’ai donc écrit au lieu de pro­fé­rer ou de hur­ler, c’est par las­si­tude. Oui, c’est par fatigue, c’est par… c’est parce que chaque fois que j’ai voulu par­ler sin­cè­re­ment, on m’a pris fer­me­ment, ami­ca­le­ment, par le bras et on m’a dit ‘Ne vous éner­vez pas, s’il vous plaît, calmez-vous!…’ » pré­face de l’auteur). On y croise les fan­tômes, des « amis par­tis » trop tôt qui hantent la mémoire et le verbe du poète, on y ren­contre l’amour, le cinéma…

Et qui plus est, on peut les écou­ter en musique ces poèmes. Un genre par­ti­cu­lier, comme un vieux blues aviné sorti d’un roman noir déca­dent, un accor­déon mélan­co­lique, une voix rauque et rocailleuse, sou­vent désta­bi­li­sée par son propre vocable, sa propre émotion. L’album qui reprend les poèmes de ce livre s’appelle A l’amour comme à la guerre, dont voici le mor­ceau choisi : La jeune fille inter­dite. A lire et à écouter.


Décou­vrez Phi­lippe Léo­tard!



5 réponses à “Portrait de l’artiste au nez rouge, Philippe Léotard”

  1. InFolio dit :

    Un petit mot en pas­sant, l’occasion de relire ce billet, et celle aussi de te sou­hai­ter une excel­lente année !

  2. Sébastien dit :

    Merci, bonne année à toi également…

    Je me suis offert quelques jours de vacances sup­plé­men­taires, his­toire de liqui­der mes congés. L’activité laby­rin­thique repren­dra bientôt !

  3. jihelpe dit :

    Ce n’est pas que fac­tice le nez de l’artiste. Ses vers ont l’accent tourbé des loch et des purs malt qui emplis­saient ses verres par­ta­gés avec quelques potes qui trou­vaient notam­ment que c’est beau une ville la nuit.
    Le clan des poètes disparus ?

  4. sylvie dit :

    joli billet sen­sible qui donne envie d’écouter et de lire aussi, pour­quoi pas…
    Bonne année à toi Sébastien:)

  5. caro_carito dit :

    j’aimais sa voix et sa gueuel cassée…

    Bonne année Seb.

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