Hier nous avons passé en revue les mots pour dire la crise et j’ai suggéré que le langage pouvait prendre des tons obséquieux et retenus pour nommer le plus grave et inversement des allures d’onomatopées dramatiques (voire, avec du recul, comiques) pour des événements qui le sont moins (enfin qui touchent avant tout les élites boursicotantes de notre pays, ce qui au regard du plus grand nombre est de moindre importance).
C’est que, comme souvent, on met sur le devant de la scène le malheur des grands, des hauts de ce monde pour faire oublier, tout du moins relativiser, au peuple, forcément d’en bas, les orages, les poutres et les outrages qu’il subit au quotidien (“Voilà l’homme tout entier, s’en prenant à sa chaussure alors que c’est son pied le coupable.” Samuel Beckett) . Les revues people ne s’y trompent guère, les quotidiens non plus… c’est toujours très facile de déplacer la le centre de victimisation vers le haut… A cet égard il est vrai qu’on est davantage touché par la spectaculaire chute d’Icare (parce qu’il tombe de plus haut, parce que l’on passe du sentiment d’admiration à la compassion…) que par les sept jeunes gens et sept jeunes filles qui sont envoyés en sacrifice au Minotaure (ce sont les dégâts collatéraux souligneraient poliment les commentateurs de notre époque).
Icare sera ma magistrale transition puisqu’aujourd’hui je vais parler envol, décollage, altitude, chute et parachute… car je vais m’atteler à ce que sont ces parachutes dorés qui décorent depuis quelques temps, telles des boules étincelantes sur un sapin de Noël, l’éther azuré de notre actualité économicosociale.
Le golden parachute (puisque le terme vient d’un anglicisme) “est une clause contractuelle entre un dirigeant d’une société anonyme et l’entreprise qui l’emploie et qui fixe les indemnités versées lors d’une éviction suite à un licenciement, une restructuration, une fusion avec une autre société ou même lors d’un départ programmé de l’intéressé. Ces indemnités vont en complément des indemnités légales auxquelles l’intéressé peut par ailleurs prétendre.” Bon jusque là pas de quoi lacérer la soie du parachute… ou presque.
Rappel des faits à peine déformés d’un lâcher extraordinaire de parachute doré !
L’affaire Forg***, fut un exemple marquant qui regonfla avec force les voiles de cette expression si imagée que, pourtant, le public oublie chroniquement.
En 2006, en pleine campagne présidentielle, elle fit grand bruit et choqua l’opinion public par ses nombreux rebondissements. Tout le monde à l’époque se crut obliger d’émettre un avis passionnant sur la question (sans jamais remettre en cause la signification littérale de cette expression). Voici, pour mémoire et pour exemple, les faits qui lui furent reprochés :
1. il laissa derrière lui, du fait de son incompétence notoirement reconnue par lui, l’entreprise au bord du gouffre.
2. il vendit par un hasard fortuit ses stocks options quelques temps avant que l’action ne perde 25% de sa valeur.
3. fort heureusement pour lui, un parachute doré providentiel (de 8,4 millions d’euro : un parachute nain en comparaison du record officiel des 58 millions de dollars d’un ex-PDG cigarettier américain) s’ouvrit contre toute attente et lui sauva la vie in extrémis.… ouuuf !
4. L’entreprise, souhaitant rendre grâce au veau d’or d’un tel miracle, fit, cette année là, une aumône généreuse : un virement de 2€88 sur les comptes de tous les employés en guise de prime de fin d’exercice fiscal. Tous les employés, émus par cette générosité votive sans précédent, rachetèrent tous, sans exception, un nouveau taille crayon afin de faire de jolis avions bien droits… parce qu’avec un crayon mal taillé, les avions sont biscornus et ça l’fait pas… mais je m’égare !
Ce qui est fabuleux avec le politiquement correct, c’est la capacité poétique qui est mis en œuvre pour retourner comme un gant des réalités parfois bien dures à avaler.
Ainsi, qui dit usage d’un parachute dit : chute, saut vertigineux dans le vide, fut-il acrobatique, enfin un truc qui, sans le recours salvateur du parachute, ferait splatch par terre. Or à qui donne-t-on le loisir de s’équiper de tels parachutes dorés : des pédégés, des cadres, administrateurs de tout poils… En fait plus la personne pèse lourd plus le parachute est important… Normal me direz-vous ! la loi de la gravité et tout ça… Sauf que ce poids-là n’est pas pondéral mais abstrait : poids financier, poids de la clause de non concurrence (là le parachute devient un parapente afin de mieux diriger sa chute et de ne pas tomber dans la maison d’en face), poids du silence à acheter, de la confidentialité… Enfin bref ! le parachutisme doré est un sport de riche qui renvoi le parachutisme classique à l’état de pétanque du pauvre. Autant le dire sèchement de suite ici : un smic à chaque pied ne suffit pas pour faire partie du club privilégié des parachutistes dorés. Mais revenons au poids. Ce poids là n’est absolument pas soumis aux contraintes physiques de la gravité ! bien au contraire : il se déjoue de toutes les lois, qui plus est des lois gravitationnelles qui, comme tout le monde sait, ne s’appliquent pas dans les paradis fiscaux au milieu desquels les sociétés offshores flottent librement dans les nimbes, normal me direz-vous ! c’est un paradis…
Alors quoi ? ce parachute est destiné à quelqu’un qui non seulement ne tombe pas mais qui, la plupart du temps, est en pleine ascension sociale et pécuniaire. Ce n’est plus un parachute me direz-vous ! c’est une montgolfière. Et vous aurez raison.
Ah oui j’oubliais ! la poétique dorure du parachute provient d’un reste de peinture avec laquelle on peint les goldens boys ! à la sortie de Wall Street, ça fait plus cute.

Expérience mise au point par une agence gouvernementale visant à expérimenter des parachutes dorés pour personnes démunies (enfin des pauvres quoi). L’expérience étant encore instable et expérimentale, et afin de ménager les sensibilités, le pauvre ici est remplacé dans un premier temps par un pauvre chien.

Le parachute doré provoque bien des fantasmes et certains originaux tentent de se créer leur propre parachute dorés. Ici sur cette image une tentative de Golden Apple Parachute. Là encore ces expérience peuvent être dangereuses… à vos risques et périls!

Le parachutisme doré trouve ses fondement peu de temps après la Révolution : ici première expérience par Lenormand. On ne sait si la foule l’acclame, est horrifiée ou l’exhorte de déguerpir.

Une légende urbaine voudrait que le phénomène de pa-rat-chutisme doré ait atteint les rats… Mais je n’y crois pas
J’aurai du mal à ne pas penser à ton billet la prochaine fois que j’entendrai l’expression. Que, pour mon usage personnel, je convertis derechef et sur ta pertinente suggestion en “mongolfière dorée”, tant il est vrai qu’utiliser les mauvais mots revient en somme à passer pour des cons(entants).
ps: pour ma part, je ne suis pas certaines que le phénomène n’ait pas touché les rats. Cela dit, mon impression ne repose sur aucune observation scientique: je ne voudrais induire personne en erreur.
Doit-on faire un vœu la première fois que l’on vient sur un nouveau blog ?
Merci pour la visite et le commentaire qui m’a beaucoup faire rire !
Tiens, une Ekwe est passée par là elle aussi
Un point positif, une bannière avec du vert et de l’orange ! Ca ne peut qu’être plaisant !
Bon, euh, et si je lisais le billet maintenant que je me suis arrêtée sur les politesses et la tapisserie ?
@Ekwe
Avec tous les livres bizarres que tu nous présentes, je ne serai pas surpris que tu en croises un de ces pa-rat-chutes au détour d’une page !
@Infolio
Fais comme chez toi mais attention les peintures sont encore fraîches… Je pense que je ferai un peu d’aménagement dans la déco… je pourrais pas m’empêcher (c’est un peu mon job aussi
Oui Ekwe commence à faire partie du décor ici… et je l’en remercie pour ces commentaires impertinents à me mettre sous la dent
Donc fais comme chez toi et bonne lecture !
Pour les rats, as tu lu “le fabuleux Maurice et ses rongeurs savants” de terry pratchett ? Tu n’imaginerais pas tout ce dont sont capables des rats !
bon, c’est pas tout ça, mais faut encore que je relève le mail des fanes… je devrais être couchée depuis qq temps… ça va plus du tout.
“Je commence à faire partie du décor”…
Bientôt, je vais faire tapisserie? Ce qu’il faut pas lire!
Déjà que je chronique des livres “bizarres”…
InFlo: moué, j’ai pas lu “Le fabuleux Maurice…”
@ Infolio
Non pas lu ! et même aucun de Terry Pratchett (s’attend à se faire huer)
@Ekwe
tout cela n’est que compliment masqué ! Je veux dire par là que si tu ne passais pas aussi souvent mon labyrinthe serait bien vide pour le moment !
En flânant à la librairie aujourd’hui j’ai parcouru le rayon Terry Pratchett. C’est un auteur plutôt prolixe. Du coup je ne savais pas trop par quoi commencer. Lequel conseilleriez vous ?
Le premier.
(de rien)
voilà, comme ekwe : le premier.
Si tu souhaites te lancer dans les annales du disque mondes, les premier est celui-ci (pub éhontée):
http://infolio.over-blog.com/article-17247311.html
et le deuxième qu’il est mieux d’envisager de lire après le premier :
http://infolio.over-blog.com/article-17362691.html
@ekwe : je ne l’eus point transmis à 800km d’ici entre des mains maternelles, je te l’eus prêté avec plaisir…
A moins que tu n’en préfères toujours la lecture en anglais, mais là, je ne peux point t’y aider
Merci pour vos conseils ! Tout ses livres sont donc englobé dans ses Annales ? N’y en a-t-il pas un que l’on peut lire indépendamment des autres ? Sinon je commencerai par celui là. “Des mages, des trolls, des héros, de la magie, des dragons, des déesses”, des bagages à pattes… ça va me plaire tout ça !
Bien sûr que ça va te plaire!!
(ps: tu es vraiment sûr que tu tiens à garder cet horrible anti-spam? Sûr?)
(de quel antispam parles-tu ? j’ai fait quelques bidouilles… j’espère que je n’ai pas fait de bêtise. )
J’ai modifié un paramètre : est-ce que c’est mieux ?
Yesse!
Merci beaucoup!
(J’aime beaucoup faire ma princesse capricieuse.)
@Ekwe
(je vois je vois ! ça me déroute un peu parfois)
très bon ces illustrations sur les parachutes dorés. Je rigole encore et j’ai une chanson !!
Sylvie! une chanson ! (on en a bien besoin
)
Ah oui, tiens, une chanson (gaie): j’en aurais bien besoin.
Sylvie?
Je me lance en proposant cette courte et joyeuse chanson, qui selon les prédications lancées en l’an vermicelle par le pur jus de Vian de Boeuf sera de nouveau à la mode très prochainement !
Et oui encore Vian ! je vous rassure j’écoute aussi plein de trucs plus actuels mais j’avais rien qui corresponde gaiement à ce sujet
Vian n’est pas toujours très joyeux… Faut qu’ça saigne.
Mais bon, on peut rire jaune avec la valse des bombes atomiques.
Mieux sans l’anti-spam. Mieux.
A quand les spams ?
Bon, de tt façon, j’aime pas blogger qui essaye toujours de me faire utiliser comme nom celui de mon adresse mail, mais bon, je ne vais pas sur beaucoup de blogs qui sont sur cette plateforme, je peux faire des petits efforts.
Quand j’aurais un peu mieux digéré la salamandre, avec du recul, je viendrai nourrir cet autre billet de blog. Celui-ci va avoir une indigestion avec ses 20 commentaires.
@Infolio
Oui Vian c’est souvent une musique entrainante qui couvre des paroles assez désespérées… tout comme ces romans d’ailleurs.
En ce qui concerne blogger ! c’est transitoire : je me prépare un blog sur mesure (mais j’ai beaucoup de boulot en ce moment et il faut établir les priorités
> “Quand j’aurais un peu mieux digéré la salamandre, avec du recul” heuu ! mais c’est pas comestible mais alors pas du tout… Mais tu m’inquiètes un peu quand même ! j’espère que ça n’a pas jeté un froid dans mon labyrinthe avec courants d’airs ?
@tous et toutes, on ne s’affole pas et je vais sans doute vous décevoir maintenant que vous avez tous rêvé de votre chanson… la mienne je la propose sur mon “blog-it express” : je fais un lien vers ce message d’ailleurs sébastien
, et vers la chanson… que je vous laisse vaillamment découvrir ! non mais!
Je pensais qu’on allait avoir “Golden parachute”, de Prince, en toute simplicité… Mais de toutes façons elle n’est pas terrible.
Sylvie: Il ne chante pas, sur ta vidéo?!
Vian de toutes façons, ça me va très bien, j’adore.
Sébastien, c’est quoi ce projet “sur mesure”?
@ek, ben non ! il ne chante pas, mais ça m’a fait rire!
euh, sinon, j’aime beaucoup Vian aussi
@Ekwe. Oh ça ! ce n’est pas un projet mirobolant : je compte juste changer la peau de mon labyrinthe… Je trouve en effet blogger très étroit et puis de toute façon j’aime avoir le contrôle sur mes outils…
Ben voilà ! finalement c’est fait.